« Comme il vous plaira », pourtant c'est presque aussi compliqué qu'au foot lorsqu'il faut savoir qui de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne à les meilleures équipes !

Ce matin Anthony on va vous demander Anthony d'arbitrer le match entre Shakespeare et Cervantes...

« Comme il vous plaira », Marc, pourtant c'est presque aussi compliqué qu'au foot lorsqu'il faut savoir qui de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne à les meilleures équipes ! Mais l'idée m'est venue en regardant tout bêtement la presse internationale. Partout dans le monde, et évidemment dans la presse anglophone, des centaines d'articles ont été publiés ce weekend pour célébrer les quatre-cents ans de la mort du Barde britannique. Sans compter les soirées télé, les films ou les documentaires. Cervantes, qui est mort il y a exactement quatre-cents ans également,, n'a pas eu droit au même traitement. Quelques articles de rattrapage, quelques reportages et l'affaire était pliée. Pourtant, lorsqu'on regarde dans le détail, une telle différence ne se justifie absolument pas. Bien sûr, Shakespeare a été plus prolifique, avec ses trente-huit pièces de théâtre et ses cent-cinquante poèmes mais le Don Quichotle de Cervantes est l'oeuvre littéraire la plus traduite au monde derrière la Bible. Balle au centre.

Mais il y a peut-être tout simplement plus d'anglophones que d'hispanophones me direz-vous ? Pas vraiment en fait : lorsqu'on ne prend en compte que ceux qui ont l'anglais ou l'espagnol pour langue maternelle, il y a dans le monde un net avantage à la langue de Cervantes : 470 à 500M de locuteurs contre 360 à 400M seulement pour celle de Shakespeare. Je rappelle qu'il n'y a « que » 75M de personnes dans le monde qui ont le français pour langue maternelle. Ce n'est pas non plus une histoire de supériorité littéraire. Bien sûr Shakespeare est l'auteur dramatique le plus joué au monde... Mais qui oserait prétendre que le Quichotte n'est pas un des romans les plus essentiels jamais écrits. C'est même, de l'avis des spécialistes, le premier roman moderne. Bref, ce n'est pas de ce côté là qu'il faut chercher une telle différence de traitement.

Vous donnez votre langue au chat ? La réponse s'appelle le « soft power », Marc. D'abord, s'il y a moins de locuteurs d'Anglais, la langue de Shakespeare est tout de même la « langue monde », comme l'espagnol l'était au XVIIe siècle ou le français au XVIIIe et XIXe siècle. Ensuite, la puissance audiovisuelle américaine s'est mise au service de Shakespeare. En clair, si vous une chaîne de télévision et que vous voulez faire une soirée spéciale, vous avez des dizaines de documentaires, films et témoignages sur le Barde à disposition. Beaucoup moins pour le pauvre Cervantes : la présence médiatique de l'Espagne est moins... formidable, pour dire les choses poliment. Et puis il y a des raisons de circonstance : l'Espagne en crise n'a plus les moyens de ses ambitions culturelles. Alors que la somme des événements « Shakespeare » côté britannique représente plusieurs dizaines de millions d'euros, l'Espagne n'a pu mobiliser que 8 petits millions pour Miguel de Cervantes. Une misère ! Il y a une dernière raison : l'Amérique latine n'a pas envie de fêter Cervantes et le Siècle d'or espagnol qui est aussi LE siècle de la domination coloniale castillane. Conclusion : entre mauvais comptes et mauvais souvenirs, Cervantes est passé à la trappe.

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