Ce matin, vous avez choisi de nous parler de l'Arménie...

Pour deux raisons. La première est assez évidente : quelle autre occasion aurai-je d'évoquer le destin ou l'actualité d'un pays très pauvre d'à peine 3 millions d'habitants coincé entre la Turquie et l'Azerbaïdjan ?

La seconde est plus émouvante : il s'est passé quelque chose d'exceptionnel dans ces confins caucasiens, dans les rues d'Erevan et dans tout le pays et ce, dans les jours même précédant les commémorations du génocide de 1915.

Lundi, après des semaines de manifestations, à la veille du 24 avril, date commémorant le million et demi de victimes arméniennes de 1915, le Premier ministre Sargsyan a démissionné en direct en expliquant qu'il « avait eu tort ».

Tort de vouloir se maintenir à tout prix au pouvoir, tort d'avoir réécrit la constitution du pays pour passer du poste de président qu'il détenait depuis 2008 à celui de Premier ministre. Tort d'être sourd au ras-le-bol de son peuple.

En fait, vous décrivez une véritable révolution citoyenne !

Exactement : les Arméniens de tous âges, sexe et origine sociale, la police et même l'armée, manifestent depuis 15 jours contre ce coup de force institutionnel. Il y a même un héros à cette révolution qui n'a pas encore trouvé sa couleur :

Il s'appelle Nikol Pashinyan, il est député et, depuis 10 jours, il sillonne tous les rassemblements, galvanise les manifestants, prend des coups et explique qu'il s'agit « du 1er mouvement de masse post soviétique sans intervention étrangère ».

Et c'est vrai ! Pour une raison simple : l'Arménie est l'alliée de Moscou et ils ont retenu la leçon géorgienne. Ils ont compris que le Caucase est presque plus sensible pour Moscou que l'Ukraine. De plus, soutenir l'Arménie c'est fâcher la Turquie.

Or en ce moment, personne n'a envie d'un sujet de contentieux de plus avec Moscou ou Ankara. Entre la Syrie, les Kurdes, les réfugiés, l'Ukraine et l'Iran, qui voudrait ajouter l'Arménie ? Ça tombe bien, les Arméniens ne demandent rien.

Le plus étonnant, ça reste la réaction de Moscou !

C'est vrai qu'on pouvait craindre le pire : Vladimir Poutine est obsédé par les révolutions populaires qui défont ses affidés dans ce qu'il considère comme son glacis d'alliés et d'Etats clients. Ce que l'Arménie et son ex-Premier ministre était.

La réaction de Moscou peut être extrêmement violente – comme on l'a vu en Géorgie en 2008 ou en Ukraine en 2014. Cette fois-ci, Moscou s'est félicité du retrait de M. Sargsyan et a expliqué que le peuple russe se trouverait toujours au côté du peuple arménien.

Pourquoi une telle complaisance ? La réponse est simple : la messe est dite ! L'Arménie dépend exclusivement de Moscou pour son approvisionnement énergétique. Son économie est entièrement tournée vers Moscou.

Par ailleurs, elle est entourée d'Etat qu'elle juge hostiles, comme la Turquie et l'Azerbaïdjan. Elle, premier pays chrétien de l'Histoire, dans cette mer musulmane, voit donc dans la Russie un garant, une plache de salut, un grand frère orthodoxe.

Enfin, Moscou a entre les mains les clés d'un conflit gelé, celui du Nogorno-Karabach, qui, s'il se réchauffait embraserait toute la région. Or les belligérants de ce conflit sont l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Moscou est donc parfaitement rassuré :

Les Arméniens peuvent manifester, les 1ers ministres ; changer, la souveraineté limitée de l'Arménie demeurera. C'est ce qu'il faut à Moscou pour être satisfait.

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