Jeudi et vendredi, plusieurs dizaines de chefs d'État et de délégations sont présent à Pékin pour le 2ème Forum des Routes de la soie, signe du succès de la stratégie chinoise d'influence dans le monde. A l'opposé du souhait américain de "contenir" l'émergence chinoise.

Employés chinois et africains accueillent le nouveau train entre Addis Abeba et Djibouti, en janvier 2018. La voie ferrée a été construite par la Chine dans le cadre des nouvelles Routes de la soie.
Employés chinois et africains accueillent le nouveau train entre Addis Abeba et Djibouti, en janvier 2018. La voie ferrée a été construite par la Chine dans le cadre des nouvelles Routes de la soie. © AFP / Houssein Hersi / AFP

Si vous pensez que la Chine est un pays sur la défensive face aux menaces américaines, regardez du côté de Pékin ces deux prochains jours. Plusieurs dizaines de chefs d’État et de délégations venues des quatre coins du monde ont répondu à l’invitation du numéro un chinois Xi Jinping, pour le 2e forum international de l’initiative « la Ceinture et la Route », le nom officiel des nouvelles Routes de la soie chinoises.

Ces routes de la soie modernes ont été lancées en 2013, peu après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, et constituent le cœur de sa stratégie internationale d'influence, de son ambition à devenir la première puissance mondiale. Une soixantaine de pays étaient concernés au début, ils sont aujourd’hui 123, sur tous les continents, y compris l’Arctique, et même, un jour, l’espace.

On a fait grand cas, lors de la récente tournée européenne du président chinois, du fait que les Italiens signaient un mémorandum sur les Routes de la Soie, mais pas les Français. Ca n’empêche pas le Ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, d’être à Pékin aujourd’hui : pas question de boycotter l’initiative chinoise, juste de garder une distance raisonnable…

Soyons clairs, le succès de cette initiative se calcule d’abord en milliards de dollars. Ces Routes de la soie ont tout de la diplomatie du carnet de chèque, même en ces temps de ralentissement économique chinois : Pékin promet des sommes faramineuses à des projets d’infrastructure ; le seul pays aujourd’hui à avoir cette ambition planétaire et les moyens de la réaliser.

Les effets d’annonce ne sont pas toujours concrétisés, certaines déconvenues sont au rendez-vous. De même, beaucoup d’analystes mettent en garde contre le « piège de la dette », c’est-à-dire que cette générosité financière chinoise se paye en endettement, et donc en dépendance potentiellement dangereuse vis-à-vis de Pékin. D'autres critiquent la gouvernance moins exigeante de ces projets.

Il n’empêche, le nombre de participants au forum est le signe du pouvoir d’attraction de Pékin.

Les tentatives américaines de « contenir » la Chine, pour reprendre un mot de la guerre froide, se heurtent aujourd’hui à un monde différent ; un monde dans lequel un pays totalitaire qui a réussi économiquement offre une alternative à un Occident en perte de vitesse.

L’approche chinoise, à base d’investissements massifs et de non-ingérence, séduit une partie du monde qui ne voit pas pourquoi elle devrait choisir entre Washington et Pékin. Y compris l’Europe, délaissée par les Américains, et qui ne ferme pas la porte à la Chine comme l’a montré la décision britannique, hier, d’autoriser le Chinois Huawei à participer à son réseau 5G, malgré les pressions de Washington.

Pour la chercheuse Nadège Rolland, ces Routes de la Soie sont « une stratégie de parade à l’encerclement » que Pékin redoute de la part d’une Amérique longtemps hégémonique. C’est aussi une manière de museler toute critique sur la nature du régime chinois ; le sort, par exemple, des Ouigours musulmans.

C’est donc bel et bien une partie du XXI° siècle qui se façonne ces deux jours à Pékin.

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