Pour les chrétiens, le Christ est fils de Dieu, Dieu s’étant fait homme, mais que l’on partage ou non cette foi, Jésus de Nazareth est celui qui a dit « Aimez-vous les uns les autres », « Aime ton prochain comme toi-même », qui a prêché l’amour et la paix. Homme ou Dieu, son apport est immense mais comment ne pas s’interroger, en ce Noël 2002, sur le paradoxe des religions ? Le XX° siècle n’avait pas enterré le communisme, la ligne de fracture du siècle passé n’avait pas encore disparue que, déjà, réapparaissaient les vieilles lignes de front, celles de la foi. Mieux, ou plutôt pire, les premières à s’enflammer partageaient, en Yougoslavie, deux chrétientés, l’orthodoxie serbe et le catholicisme croate, avant d’opposer l’Islam et l’Orthodoxie en Bosnie puis au Kosovo. Ces guerres balkaniques n’étaient pas apaisées qu’un autre front, bientôt religieux aussi, s’ouvrait en Tchétchénie ; que les Hindouistes s’en prenaient aux musulmans indiens avant de serrer les rangs contre eux ; que les Taliban tentaient, en Afghanistan, d’effacer toute trace d’une autre religion que la leur ; que des rabbins illuminés refusaient toute concession israélienne au nom de la Terre promise ; que les fondamentalistes protestants prenaient en main la droite américaine et que l’islamisme prétendait jeter l’Islam contre l’Occident judéo-chrétien. Les religions, leurs valeurs, leurs prophètes, ne sont pas en elles-mêmes responsables de ces affrontements qui, partout, déchirent la planète. Elles sont partout instrumentalisées pour servir des causes nationales ou identitaires, des intérêts économiques ou des rivalités d’influence, mais le fait est qu’elles sont d’excellents instruments de guerre. De même que le Christ prêchait l’amour et la paix mais que ses Eglises ont, des siècles durant, béni les massacres commis en son nom, les religions attisent les haines, suscitent le fanatisme, autorisent les pires crimes au nom de la vraie foi, d’une vérité divine, d’un absolu devant lequel la vie devrait s’incliner pour céder le pas à la mort. Il n’en est pas une qui, dans un siècle ou l’autre, n’ait fait le mal au nom du bien, qui n’ait autorisé, dans la pratique, ce que son enseignement condamne. Elles le font, l’ont fait et risquent toujours de le refaire car, défendant la morale au nom de ce qu’il y a de plus absolu, de Dieu, toutes tendent à transformer en interdits sociaux et soumission, en lois, en rigueur et violence de la Loi majuscule, ce qui devrait être exigence individuelle, tension permanente et jamais achevée vers le bien. Appelant au bien, les religions portent en elles un mal, le fanatisme, contre lequel il n’y a qu’une fragile parade, si fragile qu’il faut toujours la défendre, la laïcité, cette absolue séparation de l’Eglise et de l’Etat, des lois religieuses et civiles, de l’aspiration morale et de la coercition sociale. En ce Noël 2002, en ce début de siècle né dans la résurgence des conflits religieux, aucune valeur n’est plus essentielle que cette laïcité qu’il faut maintenir, prôner, réaffirmer contre tous ceux qui voudraient refaire de la foi, des Commandements, de Dieu, le bois des bûchers ou le glaive des prophètes.

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