C’est la chronique de Noël, pleine d’espoirs sans doute fous, mais celle qu’on aimerait pouvoir faire au début de l’été, en guise de bilan du semestre à venir. Au pied du sapin, on tire les rubans, défait les papiers... Prêts? On y va... Téhéran est en liesse. Après l’annonce du retrait des candidats réformateur et conservateur modéré en faveur de l’outsider de cette présidentielle, du jeune religieux qui veut accélérer les négociations avec les Etats-Unis et qui est arrivé en tête du premier tour, une foule innombrable a envahi les rues de la capitale iranienne, débordant la police et scandant inlassablement, depuis hier soir : « Dieu est paix ! Nous voulons la paix ! La paix vaincra ! ». Non seulement aucun débordement n’a été signalé mais cette foule où se mêlent toutes les générations fait preuve d’une incroyable intelligence collective en se gardant de toute provocation à l’égard du régime. Les femmes ont gardé leur voile. Même les plus jeunes s’abstiennent de scander ces mots de « liberté », de « démocratie » et de « laïcité » dont leurs conversations sont pourtant pleines. Tout est fait pour que rien ne puisse donner prétexte au pouvoir de recourir à la force et l’on ne voit plus ce qui pourrait empêcher, maintenant, une spectaculaire défaite de Mahmoud Ahmadinejad dont l’entourage s’est muré dans le silence. C’est un moment inouï, peut-être, probablement, un tournant pour le Proche-Orient et le monde entier car on ne voit désormais plus, non plus, ce qui pourrait empêcher Barack Obama et ce futur président iranien de signer ensemble, à Téhéran rêve-t-on déjà, l’accord proposé par la Maison-Blanche et qui a tant modifié la donne intérieure iranienne. Les Etats-Unis et la République islamique devraient bientôt nouer une « alliance stratégique pour le développement et la stabilité ». Tandis que l’Iran renoncera solennellement à se doter de l’arme nucléaire, les Etats-Unis l’aideront, technologiquement et financièrement, à moderniser l’exploitation de ses réserves de gaz et de pétrole. L’Iran devrait ainsi se hisser, en moins de deux ans, aux premiers rangs des pays émergents et va jouer, sans attendre, un rôle déterminant dans la stabilisation de l’Irak, de l’Afghanistan et du Pakistan. On craint, bien sûr, un coup de force des partisans d’Ahmadinejad mais, outre qu’ils sont maintenant seuls contre le pays réel, la promesse de ces manifestations n’est que l’aboutissement logique du règlement israélo-palestinien conclu le mois dernier. En s’engageant avec l’Union européenne à déployer des forces d’interposition entre la Palestine et Israël et à financer, avec les pays du Golfe, un plan d’aide de vingt ans pour le nouvel Etat, Barack Obama n’a pas seulement mis terme à un conflit de plus d'un demi siècle. Il a également, et surtout, isolé les islamistes sunnites et chiites et créé une dynamique de paix dans toute la région dont ce rebondissement de Téhéran n’est que le dernier signe en date. Bon... Ca ne se passera malheureusement pas comme ça mais quelque chose d’approchant, en moins rapide, après tout... Qui sait? Pas totalement impossible...

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