L’arrivée au pouvoir d’un jeune premier ministre, Abiy Ahmed, en avril dernier, a mis l’Éthiopie sur la voie des réformes et changé l’atmosphère politique. Une évolution encourageante dans un pays longtemps soumis à des pouvoirs autoritaires.

La nouvelle Présidente éthiopienne, Saleh-Work Zewde (à gauche), accompagnée du Premier ministre Abiy Ahmed (en veste verte), lors de l’élection du chef de l’État par le Parlement le 25 octobre 2018.
La nouvelle Présidente éthiopienne, Saleh-Work Zewde (à gauche), accompagnée du Premier ministre Abiy Ahmed (en veste verte), lors de l’élection du chef de l’État par le Parlement le 25 octobre 2018. © AFP / EDUARDO SOTERAS / AFP

Dans un monde où les autocrates semblent gagner du terrain, il est un pays qui va dans le sens inverse, et pourrait revendiquer le titre d’histoire positive de l’année. Ce pays, c’est l’Éthiopie.

Cet État de 100 millions d’habitants, situé dans la Corne orientale de l’Afrique, est dirigé depuis avril dernier par un jeune premier ministre, Abiy Ahmed, à peine âgé de 42 ans, et qui a lancé en quelques mois un important programme de réformes. Il faut évidemment rester prudent, mais ce pays qui revient de loin connait assurément une évolution encourageante.

Abiy Ahmed a commencé par libérer des centaines de prisonniers politiques, ainsi que les journalistes détenus, au point que pour la première fois depuis quinze ans, il n’y en a plus un seul en prison. Ca ne suffit pas à faire le printemps, mais c’est généralement un bon baromètre de l’état des libertés dans un pays.

Au début de l’année, l’Éthiopie semblait s’enfoncer dans une crise politique profonde, avec un risque de guerre civile. Dans ce climat tendu, une course au leadership a été engagée à la tête du parti dominant, et c’est Abiy Ahmed qui a gagné, incarnant une nouvelle génération, plus en phase avec une population plus jeune, aspirant à une société plus ouverte. Depuis, il a suscité une vague d’« abiymania » qui se prolonge au-delà d’un état de grâce initial.

Abiy Ahmed a choisi, en particulier, de s’appuyer sur les femmes, instaurant une stricte parité au sein de son gouvernement, et en faisant élire une femme, Saleh-Work Zewde, à la Présidence de la République, la seule femme chef d’Etat du continent, même si c’est un rôle largement honorifique.

L’autre élément marquant de ces premiers mois, c’est la paix signée entre l’Éthiopie et son voisin, et ancienne colonie, l’Érythrée, après des années d’hostilité qui semblait insurmontable.

En faisant sauter plusieurs verrous dans la société, le jeune premier ministre s’est évidemment créé de nombreux ennemis, notamment dans la vieille garde du pouvoir. Il n’est donc pas à l’abri de menaces qui n’ont pas disparu dans un État à l’histoire agitée.

Mais s’il parvient à garder son cap, il a promis de s’attaquer à l’étatisme excessif de l’économie éthiopienne, afin de développer l’entreprenariat national et les investissements étrangers. L’enjeu est la création d’emplois dans un pays qui reste très pauvre.

Cet ancien militaire qui a étudié l’informatique et … la philosophie, est né de père musulman et de mère chrétienne. Il sait qu’il doit aussi naviguer entres des conflits ethniques persistants dans l’ex-empire d’Haile Selassie. Et il devra passer le test de la démocratisation, avec l’inclusion d’une opposition longtemps réprimée.

Malgré ses limites, le risque de recul ou d’obstacles, l’Éthiopie a trop longtemps subi l’oppression féodale ou militaire pour ne pas apprécier la libéralisation en cours. Elle mérite d’être suivie et encouragée.

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