De mémoire de commentateur, l'Argentine est ce pays qui a toujours été en crise. Mais cette fois-ci, la donne est peut-être différente.

Alberto Fernandez, actuel président d'Argentine
Alberto Fernandez, actuel président d'Argentine © Getty / picture alliance

Dans la vie d'un commentateur de l'actualité internationale, il y a des points de repères presque rassurants tant ils sont récurrents : le Liban compliqué, l'élection présidentielle américaine et... la crise en Argentine.

J'ai déjà fait une bonne demi-douzaine de fois, cette chronique qui commence toujours de la même façon : un nouveau président est élu et, sitôt installé, il doit s'atteler au peso qui s'effondre, à l'inflation galopante, aux capitaux qui fuient le pays.

Il suffit ensuite de pérorer sur le péronisme, ce totem de la vie politique argentine, à la façon dont le gaullisme a pu structurer la vie politique française, il ne manque plus qu'une allusion au tango, une diatribe contre le FMI et le tour est joué. Joyeux Noël !

Mais...

Sauf que cette fois, la situation est plus compliquée et surtout, plus singulière que d'habitude. Plus compliquée parce que, si c'est bien le péronisme – ce totem de la politique argentine – qui a gagné les élections d'octobre, c'est un péronisme prudent.

Deux éléments me permettent de le dire : d'abord l'actuel président Alberto Fernández a été le chef de cabinet de l'ancien président Nestor Kirshner de 2003 à 2007 : pile pendant les meilleures années de l'économie argentine de ce dernier demi-siècle.

C'est lui qui, à l'époque, a renégocié la dette du pays tout en tenant fermement le budget. En clair, Alberto Fernández a l'expérience qu'il faut en période de gros temps. La meilleure preuve, c'est mon 2e élément, c'est la nomination de Martín Guzmán.

En Argentine où tout est politique et où les ministres de l'économie ont des allures de playboys hollywoodiens bavards ou de méchants de dessins animés, le nouveau tsar de l'économie est, cette fois, l'inverse : jeune, archi-diplômé, discret, compétent.

Le FMI a gros à se faire pardonner

Et une dernière bonne nouvelle : la déconfiture du FMI. Entendons-nous bien, je ne suis pas de ceux qui reprochent à l'institution internationale de prêter de l'argent aux pays en délicatesse. C'est sa mission et il a sauvé plus d'une économie.

Par contre, il y a bien un problème FMI. Malgré quelques changements cosmétiques, les politiques qu'exige l'institution internationale en échange de son assistance sont toujours aussi dures aux pauvres et toujours aussi récessionnistes.

Le FMI a prêté 57 milliards de dollars en 2018 à l'Argentine, le plus gros prêt de son histoire, et l'application stricte de ces fameuses recettes a produit des résultats si catastrophiques qu'au sein de l'institution on est prêt à pas mal de compromis.

À énormes erreurs, énormes concessions... Et c'est donc la 2e bonne nouvelle : Christine Lagarde, qui a accordé le fameux prêt de 57 milliards de dollars, est partie à la BCE et sa successeure, Kristalina Georgieva, devrait en profiter pour étaler cette dette.

Donc, nous avons certes affaire à une crise économique argentine classique, comme le pays en a connu beaucoup, mais l'équipe en place est compétente, elle est prudence et elle peut même compter sur la culpabilité d'un FMI qui voudra racheter sa faute.

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