Le départ en bon ordre de la Grande-Bretagne est une mauvaise nouvelle mais aussi une occasion en or pour l'Union européenne qui doit désormais se réinventer.

Le Brexit laisse l'Europe dans le doute
Le Brexit laisse l'Europe dans le doute © Getty / Amer Ghazzal

C’est fait : la Grande-Bretagne et l’Union européenne ont signé et si je voulais être provoquant, je dirais "so what ?"… Et alors ! En quatre années et demi de négociations acrimonieuses qui ont consommé trois Premiers ministres britanniques, il n’a jamais été question d’autre chose : un accord devait être signé.

Et plus encore depuis que la Grande-Bretagne et l’Union européenne doivent affronter deux crises couplées, sanitaires et économiques. On sentait bien, depuis plusieurs jours, que Londres levait une à une les hypothèques qu’elle avait elle-même installées.

D’abord en se débarrassant de son stratège et Brexiteur en chef Dominic Cummings. On ne l’a pas assez souligné, mais le départ du "conseiller spécial" et âme damnée de Boris Johnson, et ce quelques jours après l’élection de Joe Biden, a changé la donne.

Joe Biden s'invite dans cette équation euro-britannique

Dominic Cummings était le pendant britannique d’une Amérique trumpienne : idéologue buté, méprisant les parlementaires et avec une vision libertarienne de l’avenir de la Grande-Bretagne. Si Trump l’avait emporté en novembre, sa ligne aurait triomphé.

Or au cours de sa campagne, Joe Biden a envoyé deux messages à l’attention de Boris Johnson : d’abord, ne reconstituez pas une frontière en Irlande. Ensuite, pas question de signer un accord de libre-échange avec la Grande-Bretagne tant que les États-Unis ne sont pas sortis de la crise et n’ont pas reconstitué leur compétitivité. 

En clair : pas de "no deal" avec l’Union européenne. La messe était dite.

Boris Johnson a-t-il remporté la partie ?

D’un strict point de vue économique, non ! Mais depuis le début on sait qui si la Grande-Bretagne voulait vraiment un accord de libre-échange avantageux, elle ne serait jamais sortie de l’Union ! Le marché unique, c’est Londres qui l’a voulu et construit !

De la même façon, la focalisation sur la pêche était totalement délirante : la pêche britannique emploie 12 000 personnes et contribue moins à la richesse de la Grande-Bretagne que le seul grand magasin londonien Harrods !

Donc l’enjeu était ailleurs et il était philosophique. L’enjeu, ce sont deux conceptions de la souveraineté. Ursula van der Leyen ne s’y est pas trompée. Hier, elle a voulu donner un contenu à cette souveraineté à l’européenne : une souveraineté qui met en commun les "forces de chacune de ses parties" pour constituer un "géant" dans le monde, capable de discuter d’égal à égal avec d’autres géants, comme la Chine, les États-Unis et demain l’Inde et l’Afrique.

Quelle Europe pour l'avenir ?

Cette fois-ci, la balle est dans le camp des Européens. Depuis sa création, l’Union européenne est un pôle d’intégration : on la rejoint, avec plus ou moins d’enthousiasme, mais en ayant l’impression d’épouser le sens de l’Histoire.

Or, en faisant la démonstration, même par l’absurde, que l’on pouvait quitter cette union "toujours plus étroite" et en plus, en signant un divorce à l’amiable, la Grande-Bretagne vient d’asséner un coup très rude à l’UE.

En clair, qu’est-ce que cette union qui hésite entre les États unis d’Europe et les Nations unies d’Europe. Sommes-nous un empire commercial, un empire à l’ancienne ou une simple addition de nations ? Il va falloir répondre, et vite.

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