La guerre devient imminente. Avec vingt-quatre heures d’avance sur leur propre calendrier, c’est finalement hier que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et, maintenant, l’Espagne ont présenté leur projet de nouvelle résolution au Conseil de sécurité. Non seulement ce texte conclue que « l’Irak a manqué la dernière chance qui lui était offerte » mais il rappelle aussi que le cessez-le-feu accepté par l’Onu en 1991, à la fin de la Guerre du Golfe, avait pour condition le désarmement de l’Irak. Avec ce rappel, les Etats-Unis soulignent qu’ils se considèrent autorisés à entrer en guerre sans feu vert des Nations-Unies du seul fait que Saddam Hussein n’a pas respecté le cessez-le-feu d’il y a douze ans. Le message est ainsi clair. Ou bien le Conseil de sécurité adopte le texte des Américains et c’est la guerre avalisée par l’Onu, ou bien le Conseil rejette ce texte et c’est aussi la guerre, mais sans aval onusien. Cela se décidera vite. La Maison-Blanche a fait savoir, hier, qu’elle ne laisserait pas passer « beaucoup de jours » avant de demander un vote mais reste une question. Pourquoi les Etats-Unis bousculent-ils à ce point les choses ? Pourquoi risquent-ils de braquer, par là, contre eux des pays dont ils pouvaient encore espérer se rallier le soutien ? La réponse est que le temps joue contre eux. Non seulement la position défendue par la France, la poursuite et le renforcement des inspections aussi longtemps qu’elles donneront des résultats, reste majoritaire au Conseil de sécurité mais l’opposition à la guerre s’organise et se renforce toujours plus. Français et Allemands tiennent bon. Jacques Chirac et Gerhard Schröder l’ont redit hier soir après avoir dîné ensemble. Non contente de s’être ralliés à eux, la Russie mobilise aujourd’hui tous ses moyens diplomatiques en faveur d’une solution politique. La Chine les soutient malgré un voyage, hier, de Colin Powell à Pékin. Un noyau dur se constitue autour de la France et quelque chose est aussi en train de changer en Afrique et en Amérique latine. Lula da Silva, le nouveau Président du Brésil, de la plus grande puissance latino-américaine, déploie d’énormes efforts pour convaincre le Mexique et le Chili, tous deux membres non permanents du Conseil de sécurité, de ne pas céder aux pressions américaines et de continuer à soutenir la France. L’idée se répand dans tout le sous-continent que l’Amérique latine a là une chance d’affirmer son indépendance et que son intérêt n’est pas de laisser les Etats-Unis devenir omnipotents. Même chose en Afrique ou c’est l’Afrique du Sud qui tient le même langage, celui de la renaissance et de l’unité continentale, au Cameroun, à la Guinée et à l’Angola, les trois membres africains du Conseil. Dans cet incroyable, inquiétant et incertain changement de donne que provoque cette crise, la suprématie américaine est contestée comme jamais et les Etats-Unis souhaitent donc affirmer leur pouvoir au plus vite, avant qu’il ne soit trop ouvertement contesté. Ils souhaitent d’autant plus le faire que tout indiquait, avant ce projet de résolution, que Saddam Hussein s’apprêtait à accepter la destruction de ses missiles, à ôter un nouvel argument aux Américains.

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