Après sa réconciliation avec les Européens, Georges Bush a entamé, hier, un bras de fer avec Vladimir Poutine. Ni les protestations d’amitié, ni l’entente affichée sur la nécessité de ne pas laisser l’Iran se doter d’armes nucléaires, ni même la promesse américaine d’aider la Russie à entrer, dès cette année, dans l’Organisation mondiale du commerce ne peuvent cacher cette réalité. Avant même sa rencontre avec Vladimir Poutine, Georges Bush avait fait monter les enchères. « Il a fallu près de dix ans pour que la démocratie s’enracine dans votre pays, a-t-il lancé devant 4000 Slovaques enthousiastes, mais aujourd’hui les révolutions démocratiques atteignent la Géorgie et l’Ukraine. Dans dix jours, a-t-il poursuivi, la Moldavie aura l’occasion de montrer ses capacités démocratiques et inévitablement le peuple du Belarus sera un jour fier d’appartenir au camp des pays démocratiques ». Le ton était donné. Non seulement Georges Bush s’était félicité de la sortie de l’orbite russe de Kiev et Tbilissi, non seulement il avait publiquement retourné le couteau dans ces deux plaies de la Russie, mais il avait aussi fait bien plus que prédire la démocratie au Belarus et à la Moldavie. Il avait encouragé, par là, ces deux pays à suivre les exemples géorgien et ukrainien, à rompre eux aussi avec la Russie à laquelle il n’abandonne, en somme, que l’Asie centrale. On ne pouvait imaginer plus grand camouflet pour son « ami » Poutine mais le Président américain ne s’est pas arrêté là. Vient ensuite la conférence de presse commune sur laquelle s’achève ce sommet de Bratislava. Georges Bush aurait parfaitement pu se contenter d’y souligner les terrains d’entente trouvés avec le Président russe. Rien ne l’aurait empêché de laisser au secret de leurs conversations les remarques qu’il lui avaient faites et annoncé qu’il lui ferait sur la régression autoritaire de la Russie, mais non ! Georges Bush, au contraire, enfonce le clou. « Les démocraties, dit-il devant les journalistes, ont certaines choses en commun : l’Etat de droit, la protection des minorités, une presse libre et une opposition politique viable ». Il énumère, autrement dit, tout ce qui disparaît désormais à Moscou et enchaîne : « J’ai pu partager de façon constructive et amicale mes inquiétudes concernant l’engagement de la Russie à respecter ces principes universels ». Vladimir Poutine rétorque que le retour au totalitarisme est impossible mais que « la démocratie n’est pas l’anarchie, le tout-permis et la possibilité de voler la population ». Le président russe fait front mais que s’est-il passé ? Une chose inouïe car Georges Bush vient en fait de s’adresser directement aux Russes par-dessus la tête de leur Président, affaibli par sa déconvenue ukrainienne, la révolte des retraités et l’inquiétude des milieux d’affaires. Georges Bush joue l’après-Poutine. Il en fait au moins mine pour faire peser une menace sur ce président qu’il déstabilise un peu plus par cette humiliation tandis qu’au même moment, à Moscou, un ancien Premier ministre libéral, Mikhaïl Kassianov, se porte candidat à la succession. Vladimir Poutine a cessé de plaire. Il inquiète Washington. De grandes manœuvres ont commencé.

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