Un scrutin après l’autre, la gauche de la gauche progresse en Allemagne. Composé d’anciens communistes, de syndicalistes, de gauchistes et de déçus de la social-démocratie, son parti, Die Linke - La Gauche, en français - est entré, hier, avec 6,4 % des voix, au Parlement de Hambourg. Cette nouvelle percée lui assure, maintenant, une présence dans dix dans seize Parlements régionaux, non seulement dans les six de l’ancienne Allemagne de l’Est mais aussi dans quatre des dix de ce qui fut l’Allemagne de l’Ouest où il ne comptait aucun élu régional il y a moins d’un an encore. Avec quelques 10% d’intentions de vote au niveau national, Die Linke est désormais devenu un parti à part entière, le petit nouveau de l’échiquier politique allemand sur lequel la Démocratie chrétienne, la Social-démocratie, les Libéraux et les Verts, les quatre partis dominants le jeu jusqu’à présent, devront désormais compter avec lui. On le voit déjà dans la Hesse où les élections du 27 janvier ont crée un blocage. En recul de douze points, les démocrates chrétiens n'y sont pas à même de former une coalition majoritaire de droite avec les libéraux. En progrès, les sociaux-démocrates n’y ont pourtant pas assez de voix pour former une coalition de gauche. La clé est entre les mains de Die Linke et cette réalité est si incontournable que Kurt Beck, la figure de proue de la social-démocratie, a laissé dire qu’il pourrait ne pas s’opposer à la constitution d’un gouvernement de gauche minoritaire, soutenu de l’extérieur, sans coalition, par la gauche de la gauche. Emoi dans l’aile droite de la social-démocratie. Déclarations scandalisées d’Angela Merkel, la chancelière démocrate chrétienne qui gouverne le pays avec la social-démocratie mais, quoi qu’il arrive, un tabou vient d’être brisé. L’ostracisme dans lequel les sociaux-démocrates tenaient Die Linke pourrait bientôt appartenir au passé parce que les réformes de l’Etat providence qu’ils avaient initiées sous Gerhard Schröder et qu’ils ont poursuivies avec Angela Merkel leur ont coûté beaucoup de militants et de voix, que Kurt Beck, leur leader, a déjà impulsé un tournant à gauche de leur parti et que c’est, en fait, tout le pays qui glisse à gauche, y compris la démocratie chrétienne dont l’électorat se recentre. Sensible depuis plusieurs mois, cette évolution vient d’être accélérée, de surcroît, par les révélations sur les fraudes fiscales d’un millier de contribuables fortunés qui avaient mis leurs capitaux à l’abri de l’impôt sur les comptes secrets du Liechtenstein. A l’heure des sacrifices imposés à tous, d’une rigueur qui a favorisé la croissance mais réduit les protections sociales, le scandale est si énorme que sociaux-démocrates et démocrates chrétiens, l’Allemagne entière et sa chancelière, ont pris la tête d’une campagne contre les paradis fiscaux visant non seulement le Liechtenstein, Andorre et Monaco mais aussi la Suisse et tous les pays de l’Union, comme l’Autriche et le Luxembourg, qui pratiquent le secret bancaire. Dans cette campagne, c’est pratiquement toute l’Allemagne qui parle à gauche et, même, de contrôle sur les transferts financiers.

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