Jack Lang est à Cuba depuis deux jours. Il n’y est pas à titre personnel mais comme « émissaire spécial » du président de la République, chargé d’une mission inscrite dans une volonté générale de Nicolas Sarkozy de ne pas laisser la France à la traîne des ouvertures diplomatiques que Barack Obama s’apprête à faire sur plusieurs fronts. L’idée est que dès lors que les Etats-Unis vont s’essayer à des dialogues politiques qu’elle avait souvent été seule à prôner depuis longtemps, la France aurait tort de rester en arrière de la main, de ne pas rappeler qu’elle avait su risquer d’être à l’avant-garde et de ne pas utiliser les contacts et atouts que cela lui avait donnés pour aider maintenant les Américains en s’aidant elle-même. L’idée est, à la fois, de faciliter ce tournant des Etats-Unis, partout où cela serait possible, et de tabler sur ses succès, de les anticiper en l’occurrence, afin que la France, le jour venu, puisse pleinement profiter des avancées qui se cherchent pour promouvoir ses intérêts économiques, politiques et stratégiques. En Amérique latine, sur un sous-continent qui s’éveille et se stabilise après des décennies de dictatures militaires, la France est bien placée. Elle a des cartes à y jouer parce qu’elle est une grande puissance occidentale qui n’est pas les Etats-Unis, qu’elle y garde une image de contestataire du camp atlantique, que son industrie offre les biens d’équipement lourd dont ces pays ont besoin et que Nicolas Sarkozy a su nouer, de surcroît, une connivence avec Lula, l’ancien syndicaliste révolutionnaire devenu le très sage et très avisé président du Brésil, superpuissance régionale et puissance émergente. Si la France savait, là-dessus, débroussailler les voies du rapprochement que Barack Obama souhaite opérer avec Cuba, elle contribuerait à mettre terme à la plus ancienne et dernière vraie crise du sous-continent, s’attirerait la reconnaissances des Etats-Unis, renforcerait les courants réformateurs du régime cubain et se grandirait dans toute l’Amérique latine qui souhaite ardemment tourner la page de ce conflit. Ancien ministre de François Mitterrand, d’un président qui n’avait cessé de plaider auprès des Américains la levée de l’embargo sur Cuba, Jack Lang n’était pas le plus mal armé pour ce premier tour de piste et une autre mission, du même type, se prépare en Iran. A Téhéran, c’est le directeur politique du Quai d’Orsay, Gérard Araud, l'un des meilleurs diplomates français que Nicolas Sarkozy souhaite envoyer sonder les dirigeants iraniens. Sa mission serait d’essayer de comprendre – la tâche est ardue – ce que l’Iran serait disposé à faire pour aider les Occidentaux à contrer la résurgence des taliban et d’al Qaëda en Afghanistan ; quelles concessions, et en échange de quelles contreparties, le régime serait prêt à faire quand s’ouvriront ses contacts avec les Américains et comment la France et l’Europe pourraient paver le chemin du dialogue. L’Iran s’est dit intéressé par cette visite qui a déjà fait l’objet de nombreux échanges mais aucune date n’est encore fixée. En joueur d’échecs, comme à son habitude, l’Iran ne se hâte pas.

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