Il n’est pas déjà sûr qu’il y parvienne mais un homme a été chargé, vendredi, de former un nouveau gouvernement en Tunisie. Ministre de l’Intérieur du gouvernement sortant, Ali Larayedh, appartient au parti islamiste Ennahda mais cela ne veut plus dire grand-chose à l’heure où ce parti, non pas majoritaire mais première formation politique du pays, est divisé entre deux courants qui s’opposent ouvertement.

Il y a, d’un côté, les idéologues, ceux qui continuent de vouloir mettre aux commandes de la Tunisie et de l’ensemble du monde musulman l’idée, rigoriste et intolérante, qu’ils se font de l’islam et, de l’autre, des pragmatiques qui ont maintenant compris qu’il n’y avait là qu’un rêve irréalisable qui n’est d’ailleurs plus le leur. Ce second courant ne veut plus qu’ancrer sur la scène politique nationale un parti conservateur et religieux, libéral et puritain, qui sache donner assez de preuves de sa capacité à gérer pour être réélu aux élections qui devraient avoir lieu à l’automne prochain.

Comme son prédécesseur, Ali Larayedh est une figure de ce second courant d’Ennahda et sa nomination est le fruit d’un long et difficile compromis entre l’aile dure des islamistes qui ne voulait pas entendre parler de la formation du gouvernement de technocrates vainement prônée par le Premier ministre démissionnaire et leur aile réaliste qui tient à ce qu’Ennahda partage le fardeau du pouvoir dans une coalition aussi large que possible afin de ne pas être seul à assumer des décisions impopulaires.

La mission du Premier ministre désigné est ainsi de trouver le plus d’alliés possible à son parti mais ce ne sera guère facile car les autres formations, des partis laïcs, n’accepteront cet attelage qu’à la condition que leur reviennent les ministères régaliens, l’Intérieur, la Justice et la Défense. Les tractations sont ouvertes depuis hier. Nul ne sait encore si elles aboutiront mais ce fragile instant de la vie politique tunisienne est riche d’enseignements.

Il s’avère d’abord que l’exercice du pouvoir a non pas renforcé mais affaibli les islamistes. Non seulement ils se sont usés depuis seize mois à ne pas savoir gouverner, non seulement ils y ont perdu beaucoup de la confiance que leurs électeurs avaient mis en eux, mais ils sont éclatés maintenant entre ces deux tendances, idéologues et réalistes, dont la coexistence au sein d’un même parti ne sera plus forcément éternelle.

La Tunisie est désormais grosse d’une recomposition de l’échiquier politique né de la chute de la dictature et, en attendant, les modernistes se sentent aujourd’hui beaucoup plus confiants en l’avenir. La situation demeure incertaine et économiquement catastrophique mais la peur a quitté le camp laïc qui ne voit plus les islamistes en position d’imposer une nouvelle dictature, pense sortir renforcé des prochaine sélections et bénéficie, surtout, de formidables relais dans la société civile qui s’exprime, s’organise et se fait entendre sur tous les sujets possibles. Très loin d’avoir débouché sur un hiver islamiste, le printemps tunisien a créé pour l’heure une anarchie rampante dans laquelle Ennahda s’essouffle tandis que, de fait, les libertés s’élargissent.

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