Ce qui vient de Moscou n’annonce rien de bon. Tandis que Vladimir Poutine se tait et pèse ses options après la défaite personnelle qu’il a essuyée ce week-end en Ukraine, son Premier ministre et prédécesseur par intérim, Dmitri Medvedev, a sorti l’artillerie lourde. « Si l’on considère que les gens qui se baladent dans Kiev avec des masques noirs et des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement », a-t-il déclaré hier avant de qualifier d’« aberration » la reconnaissance par les Occidentaux des autorités provisoires qui se mettent en place.

Plus grave encore, Dmitri Medvedev a estimé qu’il y avait désormais, en Ukraine, une « véritable menace pour nos intérêts », ceux de la Russie, ainsi, a-t-il jouté, que « pour la vie et la santé de nos citoyens ». C’était là une manière de faire peser la menace d’une intervention militaire et, si l’on en est évidemment loin, ce ton reflète bien la fureur qui domine aujourd’hui en Russie non seulement au Kremlin mais également dans la population qui ressent comme une humiliation nationale, jusque dans les milieux les plus libéraux, cet éloignement d’un pays que la Russie considère comme faisant partie d’elle.

Si l’on ajoute à cela que le gouverneur de Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine et grande métropole de ses régions orientales et pro-russes, vient d’annoncer sa candidature à la présidentielle anticipée du 25 mai, on sent bien que la Russie ne veut pas s’avouer vaincue et mûrit une riposte.

Que peut la Russie ?

Pas grand-chose, en fait, de décisif. Elle peut entretenir les tensions, ne rien faciliter et tout compliquer encore plus mais quoi d’autre ? Jouer une sécession de la Crimée et des régions orientales ? Outre que ce serait faire une croix sur l’Ukraine actuelle, ce serait encourager, dans la Caucase et ailleurs, de mouvements indépendantistes ou séparatistes au sein même de la Fédération de Russie. Ce serait un saut dans l’inconnu et marquerait aussi une dégradation supplémentaire des relations avec les Etats-Unis et surtout l’Europe qui est le débouché naturel du gaz russe. C’est une option mais elle serait dangereuse et celle de la fédéralisation de l’Ukraine n’est sans doute pas non plus d’actualité, pas déjà en tout cas, car la Russie a une bien meilleure carte à jouer qui est d’attendre, en y contribuant, que le camp pro-européen se divise à Kiev et que l’Union s’y heurte à ses premières difficultés.

L’Ukraine demande à l’Union 35 milliards d’aide qu’elle ne peut pas lui fournir. L’Union ne pourra que décevoir beaucoup d’Ukrainiens mais même lorsqu’on en sera là, la Russie ne pourra pourtant pas remettre la main sur l’Ukraine. C’est une impasse générale qui s’annonce pour l’Union, l’Ukraine et la Russie et c’est pour cela qu’il n’y a pas aujourd’hui d’autre issue que la recherche d’un grand compromis faisant de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie des pays militairement neutres et économiquement aussi liés à la Russie qu’aux 28. Ce ne sera pas facile, mais c’est la seule voie porteuse d’avenir.

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