La Grande-Bretagne a tous les attributs de la puissance. Comme la France, elle est l’un des 5 membres permanents du Conseil de sécurité, dispose de l’arme nucléaire et ses forces armées sont, avec les françaises, les seuls à compter en Europe. Si l’on ajoute à cela que, si inégalitaire qu’elle soit, son économie est en excellente forme, la Grande-Bretagne devrait être aujourd’hui ce qu’elle fut hier, l’un des acteurs les plus actifs et les plus influents de la scène internationale, mais, non, c’est tout le contraire. Elle ne joue pas le moindre rôle dans les tractations diplomatiques sur l’Ukraine qu’elle a comme abandonnées à la France et à l’Allemagne. Sa participation à la coalition arabo-occidentale formée contre les jihadistes de l’Etat islamique est largement formelle. En Asie du sud-ouest, dans ce qui avait été le joyau de son empire, sa présence parait toujours plus reculer. Jusqu’en Afrique, continent qu’elle s’était pratiquement partagée avec la France, elle est tout simplement absente alors même que les armées françaises y jouent un rôle essentiel, notamment autour du Nigeria, ancienne colonie britannique en butte aux illuminés sanguinaires de Boko Haram. Cet effacement du Royaume-Uni est si spectaculaire que la Chambre des Lords a fini par s’en inquiéter la semaine dernière et que la presse et les Travailliste en font désormais procès au Premier ministre conservateur, David Cameron, mais comment expliquer l’impuissance de cette puissance ? Il faut pour la comprendre remonter jusqu’en 1956. Cette année-là, la Grande-Bretagne et la France organisent, avec Israël, une opération militaire contre l’Egypte à la suite de la nationalisation du canal de Suez par Nasser. Les forces égyptiennes sont vite débordées. L’Egypte est virtuellement vaincue mais, signe des temps, l’URSS et les Etats-Unis, les deux superpuissances de l’après-guerre, sifflent la fin de la partie en intimant l’ordre d’arrêter cette aventure d’une autre époque aux deux superpuissances de l’avant-guerre. Deux ans plus tard, la France gaulliste en tirera la conclusion qu’il lui faut une politique étrangère indépendante pour restaurer son rang parmi les nations. Cela reste le credo de la France mais la crise de Suez conduira la Grande-Bretagne à une conclusion exactement inverse. La Grande-Bretagne considère alors qu’elle ne peut plus peser dans le monde qu’en collant aux Etats-Unis. C’est ainsi que Tony Blair se rallie à Georges Bush dans l’affaire irakienne, que le fiasco politique sur lequel elle s’achève dégoûte l’opinion britannique de tout engagement extérieur et que les Communes, en 2013, voteront contre une participation britannique à une sanction militaire de l’emploi d’armes chimiques par le régime syrien. Si la Grande-Bretagne s’est retirée de la scène internationale c’est que son opinion le souhaite alors que l’opinion française, elle, soutient l’affirmation de la France dans toutes les crises d’aujourd’hui. Le contraste est tel que David Cameron vient de décider, hier, l’envoi de 75 instructeurs militaires en Ukraine. Peut-être est-ce l’ébauche du début d’un tournant mais, plus mal à l’aise que jamais dans l’Union, la Grande-Bretagne se cherche et ne se trouve pas.

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