Demain, les Iraniens sont appelés aux urnes. Ils devront renouveler, d’une part, le Majlis, leur Parlement et, de l’autre, l’Assemblée des experts, l’institution cléricale chargée de désigner le Guide suprême, l’homme le plus puissant du pays, un rôle qui sera déterminant dans les années à venir puisque le titulaire du titre, Ali Khamenei, est souffrant et âgé.

Ce sont ainsi les deux pouvoirs iraniens, la République et les institutions religieuses qui la coiffent, qui sont soumis au suffrage universel et les cinq jours de campagne qui se sont achevés hier soir ont fracturé le pays comme rarement.

Soutenus par les Gardiens de la révolution, par le bras armé du régime, les conservateurs, d'un côté, se sont tant divisés entre leurs différents courants qu’ils se sont réduits à un front du refus, hostile au compromis nucléaire passé avec les grandes puissances, à toute libéralisation intérieure et à tout rapprochement, surtout, avec les Etats-Unis et l’Union européenne.

Les conservateurs ont la force pour eux. On ne peut donc pas exclure qu’ils soient tentés de l’utiliser un jour si les résultats de demain leur étaient par trop défavorables mais ils sont politiquement affaiblis car, face à eux, s’est constitué un large bloc, la « liste de l’espoir », allant des conservateurs les plus modérés aux réformateurs les plus radicaux.

Sur la défensive, les conservateurs ont perdu leur statut de parti dominant sachant présenter de rassurants candidats au profil de notables. A l’offensive, les réformateurs ont su, eux, gommer leur image de révolutionnaires, de sources de nouveaux conflits dont la population ne veut pas, pour se faire le parti du président, du très prudent et pragmatique Hassan Rohani.

Or ce président de la République est devenu une sorte de héros national en négociant le compromis nucléaire qui a permis la levée des sanctions économiques dont l’Iran souffrait tant.

Si l’Iran était réellement une démocratie, Hassan Rohani serait assuré de bénéficier, deamin, d'une majorité parlementaire. Ce serait joué. Ce serait évidemment plié, mais pour se porter candidat à une élection iranienne, il faut obtenir l’aval des institutions religieuses qui l’ont, en l’occurrence, refusé à un nombre considérable de réformateurs. Il n’y aura en conséquence pas de candidat réformateur dans 78 des 290 circonscriptions et il faut aussi compter avec la fraude. Les réformateurs, non, ne seront pas majoritaires au prochain Parlement mais ils y seront pourtant plus nombreux que les conservateurs0.

La majorité conservatrice sortante ne sera pas reconduite et le vent souffle si fort dans les voiles réformatrices qu’il est hautement probable que les candidats qui ne se sont pas déjà ralliés à un camp finissent par pencher, une fois élus, vers Hassan Rohani.

C’est sur une période d’intenses luttes politiques que vont déboucher ces élections dont l’enjeu est double - la libéralisation intérieure et la normalisation des relations de l’Iran avec ses voisins sunnites et les Occidentaux.

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