Depuis vendredi, des milliers d’Algériens manifestent dans tout le pays contre la candidature du Président Bouteflika, diminué physiquement depuis un AVC, à un cinquième mandat. Un mouvement qui a pris le pouvoir par surprise.

Manifestant contre le cinquième mandat du Président Bouteflika, samedi 22 février à Alger.
Manifestant contre le cinquième mandat du Président Bouteflika, samedi 22 février à Alger. © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

Un journal d’Alger a titré ce weekend « les Algériens ont brisé le mur de la peur ». Depuis vendredi en effet, des manifestations ont lieu quotidiennement dans toute l’Algérie contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika, diminué physiquement depuis un AVC, à un cinquième mandat lors de l’élection présidentielle du 18 avril. 

Depuis bientôt deux décennies, toute contestation politique se heurte à cette peur de voir revenir la période noire qu’a vécue l’Algérie dans les années 90, et qui a fait environ 200 000 morts. Samedi encore, un partisan du pouvoir s’est adressé aux manifestants en leur disant : « Vous voulez qu’on revienne au sang et aux larmes ? »

Ce chantage à la division et à la violence était bien présent en 2011, lorsque la révolution tunisienne a mis en branle les autres sociétés arabes. Sauf en Algérie, où le souvenir des années de plomb était encore trop frais. Par la suite, le contre-exemple des guerres de Libye ou de Syrie étaient mis en avant pour décourager toute contestation.

A écouter les Algériens eux-mêmes, c’est d’abord ce symbole d’immobilisme d’un président muet, cloué dans une chaise roulante, qui est devenu insupportable. Ce mandat de trop, beaucoup l’avaient déjà ressenti lors de l’élection de 2014, mais avaient laissé faire, résignés. Plus cette fois.

La deuxième raison est sans doute celle de la démographie. Près d’un Algérien sur deux a moins de 25 ans, c’est-à-dire qu’il n’a connu que la présidence de Bouteflika, et un marasme croissant dû à la panne de décision. Et tout le monde notait la jeunesse des participants à la manifestation vendredi, la plus massive, une nouvelle génération moins marquée par les violences des années 90, plus prompte à se mobiliser via les réseaux sociaux.

Le ras-le-bol exprimé par les jeunes Algériens vise certes un Président qui ne s’est pas publiquement adressé à son peuple depuis 2012 ; mais il est plus général. Près du tiers des jeunes Algériens sont au chômage, et n’ont guère le choix qu’entre l’économie de la débrouillardise et l’émigration.

Ce mouvement peut-il changer le scénario de l’élection ? Il est assurément trop tôt pour le dire. Le pouvoir algérien a été pris par surprise par l’ampleur de la manifestation de vendredi.

Tout le monde, y compris les dirigeants, attend de voir s’il s’agit d’une simple poussée de fièvre. La diversité des participants, leur volonté affichée d’éviter les récupérations politiques, le caractère pacifique des cortèges, donnent à ce mouvement un caractère inédit, difficile à appréhender, y compris pour les responsables politiques habitués à la résignation des Algériens.

Quant à Abdelaziz Bouteflika, il s'est rendu hier en Suisse pour des examens médicaux. Le remplacer à ce stade serait, pour le pouvoir, céder à la pression de la rue ; mais imposer un cinquième mandat à un pays qui n’en veut pas serait porteur de plus grands risques encore. Ce sera le dilemme des prochaines semaines en Algérie.

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