Il s’est battu jusqu’au bout, sachant qu’il perdrait mais désireux que la responsabilité de cette nouvelle crise italienne soit clairement établie. « Démissionnez… », lui avait dit le Président de la République, un homme de gauche, comme lui. « Démissionnez, puisque la défaite est certaine », lui disaient ses amis depuis qu’un minuscule parti du centre avait décidé de se retirer de la coalition qu’il dirigeait mais « Il professore », Romano Prodi, Président du Conseil depuis vingt mois, est pourtant allé demander, hier, la confiance au Sénat où il n’avait plus de majorité. Plus austère que jamais, aussi raide que toujours, il a plaidé le « besoin de continuité ». Le pays, a-t-il dit aux sénateurs, « ne peut se permettre une vacance de pouvoir » alors qu’il faut continuer à redresser ses comptes et lui donner une stabilité politique en réformant son mode de scrutin mais, comme prévu, il a perdu, de cinq voix. Il y aura, peut-être, un gouvernement de transition mais, les élections avaient lieu demain, le prochain Président du Conseil serait, pour la troisième fois, Silvio Berlusconi. L’homme le plus riche d’Italie, le maître des télévisions, ce milliardaire dont personne ne sait au juste comment il a fait sa fortune mène, aujourd’hui, de plus de dix points dans les sondages et, devant la perspective d’une victoire, ses trois partenaires de la droite resserrent les rangs derrière lui alors même qu’ils n’avaient pas cessé de le contester durant son dernier gouvernement. L’Italie tourne en rond et la raison en est qu’elle n’est toujours pas sortie de la crise des deux grands partis qui l’avaient structurée durant tout l’après-guerre. Après avoir monopolisé le pouvoir pendant quatre décennies, la vieille Démocratie chrétienne est morte sous les coups des juges, de l’opération « mains propres » qui avait révélé sa corruption. Dispersés en micro partis comme celui qui vient de faire défaut à la coalition sortante, ses orphelins se sont répartis entre la gauche et la droite, passant parfois de l’une à l’autre. Quant à l’ancien Parti communiste, après s’être transformé en Parti de la Gauche démocratique dans les années 90 et avoir, maintenant fusionné, dans un Parti Démocrate, avec l’aile gauche de la Démocratie chrétienne menée par Romano Prodi, il souffre de deux maux. Comme toutes les gauches européennes, il a vu se former une gauche de la gauche qui lui prend des voix et les gèle. Il n’a pas encore su trouver le souffle et l’identité qui lui feraient incarner tout son camp et, surtout, il mord régulièrement la poussière parce que cette gauche se veut vertueuse, parti de gouvernement voulant sortir l’Italie de ses déficits budgétaires et rétablir ses comptes sociaux. Elle y était parvenue après sa victoire de 1996. Elle y travaillait depuis le printemps 2006 en traquant, notamment, la fraude fiscale mais cette rigueur, évidemment, ne vous fait pas que des amis, moins en tout cas que le laxisme de Silvio Berlusconi qui est, disons, plus pragmatique. Dans un an, l’Amérique aura un nouveau Président, porté par un désir de rebond. En Europe, le renouveau politique se cherche et ne se trouve pas.

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