Toute action terroriste a un contexte et des conséquences. Bien qu’il n’ait pas encore été revendiqué, l’attentat kamikaze qui a tué hier plus de 30 personnes et blessé quelques 150 autres à l’aéroport Domodedovo de Moscou s’inscrit dans la longue liste des coups de main sanglants lancés contre la Russie par les islamistes du Caucase. Au nord de l’Iran et de la Turquie, entre la Mer noire et la Mer caspienne, le Caucase est le pied méridional de la Fédération de Russie, un enchevêtrement de peuples guerriers soumis par les tsars au XIX° siècle mais qui n’ont jamais renoncé, depuis, à leur liberté. Sous l’Empire comme aux temps soviétiques, le Caucase a toujours été un problème récurrent pour Moscou et l’effondrement du communisme avait aussitôt réveillé ses indépendantismes. A l’époque, pour renverser Mikhaïl Gorbatchev et lui succéder au Kremlin, Boris Eltsine avait appelé les peuples soviétiques à prendre « le plus d’indépendance possible ». C’est ainsi que l’URSS avait éclaté en plusieurs Etats mais, arrivé au pouvoir, Boris Eltsine s’était trouvé confronté à la volonté sécessionniste de la Tchétchénie qui était, elle, partie intégrante de la Fédération de Russie, le pays qu’il présidait désormais. Si les Tchétchènes en sortaient, tout le Caucase allait suivre et risquait alors, par contagion, de disloquer la Fédération après l’URSS et de réduire la Russie à une peau de chagrin. Ce fut le début de la guerre de Tchétchénie, une guerre que Boris Eltsine n’a jamais su gagner et que Vladimir Poutine a utilisée pour parvenir au pouvoir en sauveur de la Russie. Avec une rare sauvagerie, Vladimir Poutine a réduit les Tchétchènes en les plongeant dans la terreur mais, ce faisant, il a fait basculer dans l’islamisme toute une partie de cette résistance nationale. La Tchétchénie et des pans entiers du Caucase sont devenus un champ de bataille du djihadisme. Des volontaires islamistes y ont afflué de tout le monde musulman et c’est ainsi que la Russie est régulièrement secouée, jusqu’au cœur de Moscou, par des attentats kamikazes d’une extrême violence. Les premiers avaient profité à Vladimir Poutine en suscitant un réflexe d’union nationale sous sa bannière mais, plus le temps passe et plus les attentats persistent et tuent, plus décroît le prestige de cet homme qui avait promis la sécurité aux Russes, celle de leurs villes et de leurs frontières. L’islamisme caucasien est devenu le problème de Vladimir Poutine car, maintenant qu’il a cédé la présidence à Dmitri Medvedev faute de pouvoir briguer un troisième mandat consécutif, maintenant qu’il est Premier ministre en attendant, espère-t-il, de revenir au Kremlin en 2012, il ne peut plus se défausser sur les ministres et l’administration de l’incapacité de ses services à déjouer ces attentats. Le gouvernement, c’est lui. Le responsable des failles sécuritaires, celles que Dmitri Medvedev a immédiatement dénoncées hier, c’est Vladimir Poutine et personne d’autre. Dans la bataille toujours moins feutrée qui oppose ces deux hommes, dans la course à la prochaine présidentielle, le terrorisme caucasien joue maintenant en faveur de ce jeune président qui, face à son mentor et rival, plaide l’instauration d’un Etat de droit en Russie et, notamment, au Caucase.

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