C’était un discours de campagne et ce discours, tout candidat de la gauche européenne aurait pu le prononcer. Candidat à sa réélection en novembre prochain, Barack Obama a profité – c’est de bonne guerre, c’est la règle – du traditionnel discours sur l’état de l’Union pour dire aux Américains ce que l’Amérique avait à faire, à ses yeux, dans les cinq ans à venir et ce qu’il voudrait donc faire du second mandat qui lui serait confié.

Si l’on résume, cela donne : restaurer la justice fiscale, réguler le marché, lutter contre les délocalisations, favoriser les relocalisations, contrer la concurrence déloyale de la Chine, développer les économies d’énergie et l’économie verte et investir dans la recherche, l’éducation et la formation.

Pour un peu, on se serait cru dimanche dernier au Bourget, mais il n’y avait pas que la musique et les propositions de ce discours d’un démocrate américain pour rappeler ce que deviennent aujourd’hui les gauches européennes. Les mêmes problèmes appelant les mêmes approches, on retrouvait là le même rejet des décennies libérales avec l’évocation de ce que pourrait être l’Amérique si elle changeait de cours, « un pays, a dit Barack Obama, qui soit leader mondial dans l’éducation, développe ses industries de pointe, ne dépende plus de zones à risques pour sa sécurité énergétique, dont l’économie soit durable, où le travail rapporte et la responsabilité soit récompensée ».

C’était le thème de la sécurité, d’un avenir sûr, et l’on retrouvait là, surtout, cette nostalgie des années d’après-guerre qui monte partout en Europe, de ces années où la qualité de l’éducation faisait fonctionner l’ascenseur social et où l’économie se développait au même rythme que les classes moyennes.

La grande différence était que là où un socialiste français voit et désigne son ennemi dans le « monde de la finance », Barack Obama le dénonçait sans le nommer et ne cessait d’en appeler à l’effort conjoint de l’Etat et des entrepreneurs. C’est une différence culturelle. Elle est importante mais, au-delà de cette différence toujours plus sémantique, la dénonciation du « château de cartes » construit par la dérégulation et de ses conséquences sur l’emploi et le niveau de vie était la même et les solutions semblables.

Poursuive la Chine pour concurrence déloyale, disait Obama, quand la gauche européenne parle de « juste échange ». Cesser de licencier les enseignants, disait l’un quand les autres parlent d’en embaucher. Rendre l’éducation obligatoire jusqu’à 18 ans, disait l’un quand les autres veulent lutter contre l’échec scolaire. Ne plus expulser les étudiants étrangers que nous avons formés, disait l’un quand les autres dénoncent leur traque. Assurer, disent-ils tous, l’égalité salariale entre hommes et femmes. Reconstruire les infrastructures américaines, disait l’un quand les autres parlent de grands travaux européens.

Et puis, bien sûr, partout, ce grand thème fédérateur de la justice fiscale, du retour sur les baisses d’impôt accordées aux entreprises et aux particuliers les plus riches. « Certains appelleront cela la lutte des classes, a lancé Barack Obama à ses adversaires républicains qui l’accusent de vouloir l’organiser, mais la plupart des Américains n’y verront, a-t-il dit, que du bon sens ».

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