Vladimir Poutine vient de dire tout haut une chose qu’il n’est malheureusement pas seul à penser. « Le soulèvement en Lybie a contribué à la détérioration de la situation au Mali », a-t-il déclaré hier en expliquant, en substance, qu’en soutenant les printemps arabes, les Occidentaux avaient joué contre leurs propres intérêts, déstabilisé le Maghreb et le Proche-Orient et, indirectement, permis la sanglante prise d’otages du site gazier algérien.

La veille, son ministre des Affaires étrangères avait expliqué, lui, que les djihadistes qu’affrontent aujourd’hui les armées maliennes et françaises étaient ceux qu’avait armés l’Occident pour les aider à faire tomber Muamar Kadhafi. Aux yeux des dirigeants russes, les gouvernements occidentaux se seraient, en un mot, comportés en apprentis sorciers et feraient donc bien de rompre avec leur naïveté en cessant de demander le départ du président syrien Bachar al-Asad et d’apporter leur appui politique à ses opposants.

C’est leur thèse, mais elle est fausse.

Il y a d’abord là deux erreurs factuelles puisque les djihadistes qui ont effectivement quitté la Lybie pour aller combattre au Mali étaient issus des gardes touaregs du Colonel Kadhafi et non pas de l’insurrection libyenne. Ce sont les mercenaires de l’ancien dictateur et non pas ses opposants soutenus par les Occidentaux qui ont aggravé la crise malienne et, quant à la Syrie, si des djihadistes y prennent effectivement une importance nouvelle dans les rangs de l’insurrection, c’est parce que l’invraisemblable violence du régime en place a transformé des manifestations pacifique en une guerre totale qui a offert un terrain d’action aux plus radicaux.

Or qui permet à Bachar al-Assad de se maintenir en place ? La réponse est connue. C’est la Russie qui, en empêchant l’Onu d’agir, a pris la responsabilité d’indirectement favoriser, en Syrie, les partisans de la guerre sainte. M. Poutine est bien mal renseigné mais sa plus grande erreur est ailleurs.

Contrairement à ce qu’il croit, ce ne sont pas les Occidentaux qui ont fomenté les insurrections arabes. Elles sont nées de l’apparition d’une nouvelle génération sur les scènes politiques du Maghreb et du Machrek, de l’absolue corruption des dictatures en place et du complet blocage auquel étaient parvenues ces sociétés. Les révolutions ne se décrètent pas, elles éclatent. Seul un esprit policier peut croire le contraire et, devant ces séismes, les Occidentaux ont heureusement pris le parti du changement car, en tentant de sauver ces régimes, vainement qui plus est, l’Europe et l’Amérique seraient vraiment devenues les ennemis d’un monde arabe levé pour sa liberté.

Plus qu’une honte, c’eut été une faute et ce n’est parce que ces révolutions ont été, comme toute révolution, un facteur de déstabilisation qu’il faudrait regretter ce choix. Dans l’incertitude, les à-coups, la confusion, le monde arabe fait l’apprentissage de la liberté. L’épreuve du pouvoir y fait évoluer ses islamistes. Ses djihadistes n’y ont plus qu’un pouvoir de nuisance, évidemment redoutable mais toujours plus marginal et, en tout état de cause, autant on peut tenter de canaliser une révolution, autant on ne peut jamais la nier.

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