La valeur Europe repart à la hausse.

Il n’a pas déjà gagné. Il n’est pas du tout certain qu’il y arrive mais le seul fait que les sociaux-démocrates allemands aient choisi hier l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, pour porter leurs couleurs, en septembre prochain, face à Angela Merkel marque un tournant en Europe.

L’Union européenne, on le sait, n’est plus guère populaire dans aucun de ses Etats membres. Entre ceux qui ne veulent plus d’elle et ceux qui la croient tellement irréversible qu’il ne serait plus nécessaire de la défendre, l’Union semble toujours plus se défaire et sombrer comme une utopie de temps révolus mais à l’instant même où elle parait toucher le fond, l’unité européenne amorce un rebond.

Ça s’est fait par à-coups, presque imperceptiblement. Il y a d’abord eu le Brexit car les partisans de ce divorce d’avec l’Union sont vite apparus pour des menteurs et de simples xénophobes, des gens qui ne supportaient pas la présence d’autres Européens sur leur territoire et avaient promis le paradis du jour au lendemain alors que la Grande-Bretagne ne sait plus aujourd’hui comment faire pour ne pas perdre les avantages du marché unique.

Le Brexit a fait paradoxalement apparaître que l’Union n’avait pas que des inconvénients et qu’on ne la quittait pas sans dommages et puis il y a eu MM. Poutine et Trump. Après que l’annexion de la Crimée et la déstabilisation de l’Ukraine orientale ont fait voir la faiblesse politique et militaire d’une Europe incapable de répondre à ces défis, l’élection du nouveau président américain est venue rappeler aux Européens qu’ils ne pouvaient plus faire reposer leur Défense sur les Etats-Unis.

Défi à l’Est, éloignement à l’Ouest et menaces, bien sûr, au Sud, les Européens ont soudain commencé à se dire qu’il était temps de compter sur eux-mêmes et serrer les rangs. Un changement s’opère et c’est dans ce contexte, celui d’un début de retour à l’évidence du besoin d’Europe, que la gauche allemande s’est donnée pour drapeau un homme incarnant l’unité européenne plus qu’aucune autre figure du continent et très critique, en même temps, des politiques européennes de rétablissement des équilibres budgétaires imposées par une majorité de droite dont Angela Merkel est le chef de file.

La social-démocratie allemande a choisi d’aller à la bataille législative en défendant à la fois l’Europe et le changement de ses politiques économiques. Ce pari qu’elle n’aurait pas fait il y a encore un an est un signe des temps, de temps qui changent aussi en France car prenons les principaux candidats à la prochaine présidentielle.

A gauche, Manuel Valls et Benoît Hamon sont des Européens convaincus qui ne cachent pas leurs convictions. Au centre, c’est tout autant le cas d’Emmanuel Macron et, à droite, François Fillon qui fut un adversaire de l’euro et un souverainiste militant plaide désormais pour une « alliance européenne de Défense », pour une affirmation de l’Europe face au désengagement américain, aux chaos des mondes arabes et à ce qu’il appelle désormais la « dérive russe ».

On ne s’en aperçoit pas encore mais la valeur Europe repart à la hausse.

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