Le coup de force de l’opposition vénézuélienne, et de son président autoproclamé Juan Gaido, repose sur le soutien hypothétique d’une partie de l’armée. S’il ne se produit pas, que feront les pays qui l’ont reconnu, et en premier chef Washington ?

Les principaux dirigeants de l’armée vénézuélienne ont donné une conférence de presse, le 24 janvier à Caracas, pour réaffirmer leur soutien au régime du Président Nicolas Maduro.
Les principaux dirigeants de l’armée vénézuélienne ont donné une conférence de presse, le 24 janvier à Caracas, pour réaffirmer leur soutien au régime du Président Nicolas Maduro. © AFP / Luis ROBAYO / AFP

Personne ne peut être surpris par les images de la foule considérable qui est descendu dans les rues de Caracas contre le régime de Nicolas Maduro. Trois millions de Vénézuéliens ont déjà fui le pays, l’économie est en chute libre, et les difficultés de la vie quotidienne sont immenses. La légitimité du successeur d’Hugo Chavez est ouvertement remise en cause par une partie des Vénézuéliens, au péril de leur vie.

Pour autant, l’emballement des derniers jours pose questions. En particulier la précipitation avec laquelle Donald Trump et plusieurs gouvernements latino-américains ont reconnu comme chef d’État autoproclamé Juan Gaido, le jeune Président du Parlement vénézuélien, opposé à Maduro.

Les voisins du Venezuela sont certes directement concernés par la crise politique et humanitaire en cours, ne serait-ce que par l’afflux de centaines de milliers de réfugiés en Colombie ou au Brésil principalement. Pour autant, sont-ils, et les États-Unis avec eux, légitimes pour décider de l’évolution politique de leur voisin ?

Tout se passe comme si les pays du continent américain, à quelques rares exceptions près comme le Mexique, la Bolivie, et bien sûr Cuba resté proche de Caracas, avaient décidé d’en finir avec le régime de Maduro. Un scénario qui a toutes les apparences d’un coup de force, même appuyé par une partie de la population.

C’est un pari dangereux car il risque de précipiter ce pays polarisé dans un cycle de violences plus grandes encore, voire même dans une guerre civile ; certains Vénézuéliens sur les réseaux sociaux font même le parallèle avec la Syrie. 

Car si Maduro a été mal élu l’an dernier, et fait régner la terreur dans le pays comme l’ont amplement documenté les organisations de défense des droits de l’homme, il conserve jusqu’ici le soutien des forces armées et des organisations sociales héritées du chavisme.

Ces forces resteront-elles fidèles au régime ? C’est la principale inconnue. Juan Gaido a promis l’amnistie aux militaires qui lâcheraient le régime de Maduro, dans l’espoir de provoquer son renversement. Mais l’emprise du régime reste forte sur son armée, surtout avec l’épouvantail de l’impérialisme américain que Donald Trump incarne à merveille.

Ce n’est pas par hasard que le jeune dirigeant de 35 ans s’est proclamé Président le 23 janvier, c’est l’anniversaire d’un coup d’Etat qui, en 1958, avait renversé une dictature militaire, une date connue comme « le jour du retour à la démocratie »

Mais si l’histoire ne se répète pas, et que l’armée reste fidèle au régime, que se passera-t-il ? Les pays qui ont reconnu Juan Gaido interviendront-ils, avec tous les risques que cela ? Donald Trump lui-même a évoqué il y a quelques mois la possibilité d’une intervention armée au Venezuela, alors que dans le même souffle, il disait ne plus vouloir être le gendarme du monde. 

On notera que l’Europe est restée plus prudente, se contentant de réclamer de nouvelles élections, et des négociations pour y parvenir.

Le régime de Maduro est suffisamment discrédité, n’en déplaise à ses derniers soutiens dans le monde et notamment en France, pour ne pas lui offrir sur un plateau cette ingérence qui peut lui permettre de justifier une répression féroce.

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