En Tunisie et en Égypte, il y a dix ans, des révolutions populaires renversaient des despotes, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. En Tunisie de violentes émeutes expriment l’impatience sociale, et en Égypte, le maréchal al-Sissi fait régner la terreur.

La place Tahrir le 25 janvier 2011, noire de monde à la suite d’un appel à manifester lancé sur Facebook.
La place Tahrir le 25 janvier 2011, noire de monde à la suite d’un appel à manifester lancé sur Facebook. © AFP / MOHAMMED ABED / AFP

Triste anniversaire pour les révolutions arabes ! Pour cause de Covid mais aussi de mécontentement, la Tunisie a à peine commémoré le dixième anniversaire du départ du dictateur Ben Ali le 14 janvier ; et aujourd’hui c’est au tour de l’Égypte de ne pas célébrer le sien : il y a dix ans, inspirés par les événements tunisiens, un groupe d’activistes avait appelé sur Facebook à manifester le 25 janvier sur la place Tahrir du Caire. Moins de trois semaines plus tard, le président Hosni Moubarak quittait le pouvoir.

Dans ces deux pays phares de ce qu’on n’ose plus appeler les « printemps arabes », la révolution est en échec. En Tunisie, depuis plusieurs semaines dans les villes sinistrées de l’intérieur, et la semaine dernière dans la capitale elle-même, des jeunes manifestants se sont affrontés aux forces de l’ordre. Leur explosion de violence s’apparente plus à un ras-le-bol social face aux promesses non tenues du changement.

En Égypte, c’est un autre scénario, celui de la contre-révolution, aujourd’hui incarnée par le maréchal Sissi, qui a instauré un régime plus répressif encore que celui de Moubarak. L’armée était entrée en scène contre les Frères musulmans, mais a étendu son règne autoritaire à toute la société civile et à la moindre parcelle de contestation. On est aux antipodes de l’idéal de 2011.

Les révolutions ont eu pour origine le rejet des régimes installés dans un certain nombre de pays arabes depuis des décennies, pouvoirs militaires ou policiers, corruption, népotisme, stagnation politique, économique et culturelle. Une génération a pris conscience de cette impasse et s’est soulevée en espérant autre chose.

Mais ces soulèvements largement spontanés et inorganisés, n’ont pas permis de faire émerger les réformes démocratiques auxquelles aspiraient les jeunes urbains qui sortaient de l’ombre, aidés par les réseaux sociaux alors perçus comme des alliés de la liberté.

Des années de luttes politiques, de confusion, de pulsions contradictoires, n’ont pas amené un « hiver islamiste » après le printemps des peuples, comme le veut un cliché tenace ; mais plutôt un retour en force des despotismes, ou, dans le cas singulier de la Tunisie, une démocratie inaboutie qui vire au populisme.

Est-ce pour autant « la fin de l’histoire » ? Certainement pas, même si la deuxième vague des mouvements populaires, en Algérie ou au Liban, n’a pas eu plus de succès que la première. Les pouvoirs actuels, dans la grande majorité des pays arabes, font comme s’il ne s’était rien passé il y a dix ans, et ne tiennent pas plus compte des aspirations de leur jeunesse.

Il y a clairement aujourd’hui, une impasse politique dans le monde arabe, où les seuls enjeux semblent être ceux des rivalités entre les puissances régionales, y compris deux puissances non arabes, la Turquie et l’Iran, et leurs alliés.

Comme le souligne un essai publié dans le quotidien de Beyrouth "L’Orient-Le-Jour", les gouvernements de la région n’ont « rien à proposer de nouveau dans un monde arabe dépourvu de grandes idées depuis des décennies ». C’est sur ce paysage de désolation que sont nées les révolutions de 2011, et que se préparent les inévitables, et imprévisibles, convulsions de demain.

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