Ce matin, direction la Pologne, où le véto du président a éloigné les menaces de sanctions européennes...

Après des semaines de mobilisations qui ont vu des dizaines de milliers de Polonais descendre dans les rues, le président Andrej Duda a donc décidé de calmer le jeu en utilisant son droit de véto.

Sur les trois lois qui devaient réformer le système judiciaire du pays pour le placer sous l'autorité de l'exécutif, c'est-à-dire en finir avec son indépendance, Andrej Duda a retoqué celles qui touchaient à la Cour suprême.

Par contre, il a approuvé la loi qui permet au gouvernement de nommer les présidents des tribunaux de province. Ce qui fait dire à certains qu'il a cédé sur l'accessoire et validé l'essentiel, à savoir la mise en coupe réglée de la justice du quotidien.

C'est surtout la rue qui a obtenue gain de cause...

Que ce soit pour la tentative de durcissement de la loi sur l'avortement en octobre 2016 ou aujourd'hui, pour l'indépendance de la justice, c'est la mobilisation citadine qui l'a emporté et sert d'opposition.

La Plateforme civique, qui est le parti d'opposition officiel, est toujours aussi impopulaire. A en croire les sondages, il a 15 à 20 points de retard sur le PIS.

Le PIS le parti Prawo i Sprawiedliwość qui, je le rappelle, est arrivé au pouvoir en 2015 : d'abord en remportant haut la main la présidentielle, puis en obtenant une majorité absolu à l'assemblée. Le PIS est un parti, comment dire, nationalisto-catholico-europhobe.

Autrement dit, alors que le PIS exerce un pouvoir sans partage depuis près de 2 ans, il n'a absolument pas perdu en popularité.

Comment comprendre la constance de cette popularité ?

La réponse classique est : Pologne des villes, contre Pologne des champs et Ouest européen contre Est plus rural et catholique.

Mais, en fait, le PIS est un parti attrape-tout qui mêle à la fois une très forte composante sociale et étatique et un conservatisme profond qui se méfie des élites citadines.

D'un côté, le PIS a augmenté les petites retraites et promet une sorte de salaire maternel dès le 2ème enfant, de l'autre il n'a de cesse de pourfendre ce qu'il appelle la corruption et l'affairisme de ceux qui ont profité de l'après-communisme pour s'enrichir à bon compte.

Or, cette élite libérale qui, lorsqu'elle était au pouvoir, a construit des routes, des aéroports et a libéralisé le marché du travail mais a oublié les écoles et le système de santé… Cette élite affairiste donc, est identifiée à la Plateforme civique, qui ne s'en remet pas.

Les populistes ont tout de même caporalisé le pouvoir...

C'est vrai : ils ont fait main basse sur les médias publics, télé et radio, ils ont maté la Cour constitutionnelle, placé partout des hommes à eux et ils aimeraient bien redessiner les circonscriptions électorales.

Mais pour le Polonais du commun, l'important n'est pas là : l'important c'est l'économie polonaise qui croît de 4% par an et qui se porte comme un charme. L'important, c'est que les écoles et les hôpitaux soient bien financés et que l'Etat soit incorruptible.

Or pour le moment, sur tous ces points, il n'y a que le PIS qui soit crédible. Tant que l'opposition ne l'aura pas compris, elle sera continûment hors-jeu, marginalisée.

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