Le "Bojo" bashing est de mise en Europe. Reste qu'il faudra négocier le Brexit avec lui et qu'il vaut mieux le comprendre que le sous-estimer.

Pourquoi Boris Johnson va réussir son Brexit.
Pourquoi Boris Johnson va réussir son Brexit. © AFP / WIktor Szymanowicz / NurPhoto

Je vais vous décevoir : je ne vais pas faire de « BoJo » bashing ce matin. C'est trop facile et surtout contreproductif. C'est avec lui que les Européens devront négocier dès aujourd'hui et, du côté de Londres, on s'est mis en tenue de combat.

Boris Johnson a viré tous les modérés et n'a promu que des Brexiters ou des ultra-conservateurs. Son ministre des Affaires étrangères, Dominic Raab, a expliqué par exemple qu'il ne se considérait pas comme féministe.

Surtout, tout le monde est prié d'être libre-échangiste. Le message envoyé à Bruxelles est clair : le « no-deal », cette forme extrême du « laissez-faire ; laissez-aller », ne nous dérange plus.

Un plan, quel plan ?

D'ailleurs, ne lui demandez pas son plan pour le Brexit, il n'en a pas et n'en veut pas. Les modérés du Parti conservateur ont tout fait pour le faire sortir du bois : pas plus tard qu'il y a quelques jours, ils ont fait voter un texte au Parlement précisant qu'il n'était pas question de partir de l'UE sans accord.

Histoire d'encercler l'animal et de tenter de le ramener petit à petit à la bergerie des modérés. Tous les jours ils essaient d'obtenir de lui des précisions ou un plan et tous les jours, ces conservateurs modérés, remainers ou brexiters effrayés se font mordre.

C'est d'ailleurs ce qu'ils méritent : avec Theresa May, ils avaient un Premier ministre comme ils en rêvaient : raisonnable, prévisible et négociatrice sans surprise. Ils l'ont déchiquetée au parlement et même au sein de son gouvernement. Fini de rire.

Réussir là où Theresa May a échoué ?

Boris Johnson les menace avec un argument terrifiant : si vous ne pliez pas, vous, députés conservateurs, je convoque des élections anticipées. Or, vu les résultats des Européennes fin juin, ça signifie la déroute assurée.

Partout où les Conservateurs ont des députés, le Brexit party de M. Farage est souvent arrivé largement en tête. Or je rappelle qu'une élection législative en Grande-Bretagne se joue en un seul tour et celui ou celle qui est arrivé en tête emporte le siège.

Ensuite, Boris Johnson a un autre argument à faire valoir : on a tout essayé avec l'Union européenne sauf le « no deal ». Or si cette perspective n'effraie pas plus que cela la France, qui assure s'y préparer, elle tétanise les Allemands.

L'Allemagne exporte, la France négocie

Il suffit de regarder la structure de l'économie allemande : la moitié du PIB allemand se réalise à l'exportation. La Grande-Bretagne est, certes, un de leur gros client, mais pas un des tout premiers : Berlin exportent une centaine de milliards d'euros.

Par contre, leur excédent commercial avec Londres est gigantesque : 50 milliards d'euros ! Presque autant qu'avec les Etats-Unis. Pour Berlin, Londres est une véritable machine à cash à un moment où ses exportations avec Pékin ou Washington fléchissent.

Autrement dit, BoJo compte jouer de cette peur allemande contre Paris. Le problème, c'est qu'il oublie une chose : les Allemands ont d'énormes réserves – leurs excédents budgétaires s'accumulent depuis des années – et ils détestent se faire bousculer.

Enfin, il oublie que la décennie « allemande » et austéritaire de l'Union européenne est désormais achevée. Les « politiques » - à la Macron j'allais dire - sont de retour. Mais là non plus, il ne faut pas le sous-estimer : Boris Johnson est avant tout un politique.

Il est même le biographe d'un autre excentrique, voire un dilettante de la politique britannique : Winston Churchill qui a beaucoup échoué avant de rencontrer son destin dans l'adversité et de devenir un immense Premier ministre. C'est son modèle.

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