C'est certain. Mieux vaut ce compromis qu’une absence de compromis. Si les 27 Etats de l’Union n’étaient pas même arrivés à se mettre d’accord sur cette usine à gaz avec ses exceptions pour les uns, ce ministre des Affaires étrangères qui n’aura pas titre de ministre et ce nouveau système de vote adopté mais repoussé de dix ans, l’Europe ne serait pas restée en panne. Elle serait entrée en crise, une vraie crise car on aurait alors vu que plusieurs de ses gouvernements préféraient l’ouverture d’un processus de délitement aux concessions permanentes que demande la construction de l’Union. On n’en a pas été loin. On a frôlé la franche catastrophe mais on l’a, au bout du compte, évitée et l’essentiel est sauvé. L’Europe va sortir des présidences tournantes, six mois par pays, et se doter d’un vrai président, à plein temps. Elle aura donc un visage. Elle aura également un Haut Commissaire aux affaires étrangères. C’est comme ça qu’on dira puisque « ministre » faisait peur aux Britanniques. Ce n’est pas rien non plus car un homme et un corps diplomatique européen seront en charge de rechercher et formuler les convergences extérieures des Etats membres et qu’elles sont plus nombreuses qu’on ne le croit. La majorité qualifiée suffira à décider dans de nombreux domaines qui exigeaient encore l’unanimité. C’est capital puisqu’on pourra plus facilement avancer sur des dossiers brûlants et exigeant une politique commune. Une procédure de sortie de l’Union sera enfin prévue ce qui est bienvenu car il y a des moments où ce choix devra être proposé aux Etats obstructionnistes. Pas de raison donc de se labourer la poitrine mais danser de joie pour autant ? Non, vraiment pas car, d’abord, rien n’est joué. Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement se sont mis d’accord, à l’arrachée, sur ces principes mais encore faudra-t-il, maintenant, les mettre en musique. C’est une CIG, une Commission intergouvernementale, qui en sera chargée et la formulation des articles de ce nouveau traité va immanquablement donner lieu à des batailles sans fin, sur chaque mot, et à de nouveaux compromis boiteux. Une chatte n’y retrouvera pas ses petits et, avant que les Parlements ne ratifient, il faudra que les 27 adoptent ce texte, ce qui pourrait bien donner lieu à de nouveaux suspens. Ce n'est pas le plus grave. On peut espérer que ces obstacles soient franchis mais dans quel état est l’Union ? C’est là qu’est le problème car si elle est techniquement et institutionnellement renforcée par son dernier sommet, elle est politiquement en compote, sans force d’entraînement à me^me de s’imposer et plus violemment divisée que jamais entre ceux qui voudraient l’affirmer et ceux qui veulent la cantonner à une zone de libre-échange, sans présence propre sur la scène internationale. Il y a une fracture dans l’Union, être ou ne pas être, oui, « to be or not to be » et il serait peut-être temps que ceux qui veulent être se regroupent et s’en donnent les moyens, au sein de l’Union.

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