On peut difficilement imaginer condamnation plus unanime. Ce n’est pas seulement que le Conseil de sécurité brandit des menaces de sanctions au cas où le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, maintiendrait le second tour d’une présidentielle qui n’est plus qu’une sanglante mascarade. C’est aussi que l’Afrique, pratiquement toute l’Afrique, dénonce désormais la brutalité dont cet ancien héros de l’indépendance devenu dictateur use pour se maintenir au pouvoir après vingt-huit années de présidence ininterrompue. Le Sénégal, le Rwanda, le Botswana, la Zambie, tous appellent au respect de la « volonté démocratique » des Zimbabwéens. La Communauté de développement de l’Afrique australe, l’organisation régionale dont le Zimbabwe fait partie, se réunit aujourd’hui afin de faire pression sur Robert Mugabe. Plus spectaculaire encore, l’ANC, le mouvement de libération sud-africain, le parti au pouvoir à Pretoria, vient de hausser le ton. Alors même que ce mouvement avait longtemps ménagé Robert Mugabe en raison de leur passé commun de combats contre la colonisation, l’ANC l’a accusé, hier, de « piétiner des droits démocratiques durement conquis » et parlé « d’incidents affreux qui convainquent qu’un second tour n’offrirait pas de solution à la crise du Zimbabwe ». L’Afrique et le monde s’émeuvent mais, à court terme au moins, Robert Mugabe a gagné. Il a gagné parce qu’il a la force pour lui, ses milices d’anciens combattants et l’armée, qu’il contrôle la télévision et a muselé la presse. A 84 ans, Robert Mugabe a ainsi pu organiser une telle campagne de terreur que le chef de l’opposition, Morgan Tsvangirai, a renoncé à participer au second tour alors qu’il était arrivé en tête du premier, le 29 mars, et que son parti a remporté les élections parlementaires du même jour. Désormais seul candidat en lice, Mugabe sera réélu vendredi et l’on touche là du doigt toutes les limites des pressions et du droit international car que peuvent, contre lui, le monde et l’Afrique ? Intervenir ? Envoyer des troupes ? Théoriquement, oui, c’est faisable mais, si personne n’en parle, c’est que lorsqu’on intervient dans un pays en crise et économiquement ruiné, il faut le prendre en charge et résoudre ses problèmes sous peine de voir la population se retourner contre ce qui devient vite une occupation. De nouvelles sanctions alors ? Peut-être mais, aussi ciblées soient-elles, ce ne sont pas les dirigeants qui en souffriraient le plus mais une population qui est, déjà, au bord de la famine. Il y a quelque chose de désespérant dans ce triomphe de la force sur la démocratie mais l’Afrique vient, pourtant, de franchir là une étape. Bien que Mugabe ait été un héros de tout le continent, bien qu’il ne cesse d’accuser les puissances blanches de conspirer contre lui, l’Afrique s’est désolidarisée de cet Ubu et fait front dans la défense des libertés et d’une volonté populaire. Loin du passé, colonial et post-colonial, l’Afrique défend là une idée d’elle-même contre un homme qui l’humilie, le déstabilise aussi, et Mugabe devra bien finir par en tenir compte.

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