Barack Obama avait fait un choix. Plutôt que d’aborder le Proche-Orient par l’une ou l’autre de ses crises, l’Iran ou le conflit israélo-palestinien, l’Irak ou la Syrie, il avait très vite décidé d’ouvrir tous ces dossiers en même temps, d’avancer sans en privilégier aucun. Jamais explicitée mais parfaitement claire, l’idée était de susciter ainsi, chez chacun des acteurs régionaux, la crainte que d’autres que lui-même ne parviennent avant lui à un compromis avec les Etats-Unis et que sa marge de manœuvre ne s’en trouve réduite, voire qu’un compromis ne se fasse sur son dos. En tendant sans attendre la main à l’Iran, le président américain incitait, par exemple, les dirigeants arabes à l’aider sur le dossier palestinien avant qu’il n’ait pu engager de vraies négociations avec Téhéran et, peut-être, ouvert la voie à ce retournement d’alliance qui les inquiète tant. En multipliant les envois d’émissaires de haut rang à Damas, autre exemple, il faisait comprendre aux dirigeants iraniens qu’il pourrait les isoler en les privant de leur seul allié régional, la Syrie, et qu’ils avaient donc intérêt à ne pas tarder à saisir la main qu’il leur tendait. L’idée était de créer une concurrence politique, une course à cette réconciliation avec l’Amérique que Barack Obama proposait à tous en même temps et c’est de cette tactique qu’il vient, à nouveau, d’user hier. Pas plus que quiconque, le président américain ne sait quelles seront maintenant les options diplomatiques du Guide suprême iranien. Première possibilité, il peut étendre son raidissement intérieur à sa politique étrangère et ne pas donner suite aux offres de négociations américaines. L’incroyable violence avec laquelle ses opposants sont désormais accusés d’avoir été instrumentalisés et financés par la CIA le laisse craindre mais, seconde possibilité, Ali Khamenei peut tout aussi bien considérer qu’il aurait plus que jamais besoin d’un apaisement avec les Etats-Unis afin que la crise économique iranienne n’ajoute pas, en se développant, le mécontentement social à la révolte politique. On ne sait pas mais, dans cette incertitude, Barack Obama vient de donner un coup d’accélérateur à son rapprochement avec la Syrie en annonçant qu’il renvoyait un ambassadeur à Damas où les Etats-Unis n’en avaient plus depuis quatre ans. C’est un message si simple et si limpide que même le plus borné des durs iraniens en comprendra le sens. Vous pouvez ajouter la stupidité diplomatique à l’ignominie de votre fraude et de votre répression, dit Barack Obama au Guide, mais sachez que je continuerai, moi, à œuvrer pour la paix en faisant tout pour y associer la Syrie, votre unique allié. Sans la Syrie, l’Iran aurait beaucoup plus de mal à jeter de l’huile sur le feu régional en aidant le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais. En perdant la Syrie, le Guide perdrait une carte précieuse et, au passage, ce message s’adresse également à Israël. Son premier ministre, Benjamin Nétanyahou, continue de refuser le gel de la colonisation. Les Américains ont, de fait, interrompu les contacts avec lui et, parallèlement, ils se rapprochent de Damas.

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