Il y a trente ans que les Etats-Unis incarnaient le rejet des déficits budgétaires et du rôle économique de l’Etat. Ils incarnaient moins ces dogmes libéraux dans les faits que dans les mots puisque Ronald Reagan avait relancé l’industrie américaine grâce à ses dépenses militaires et que son successeur avait légué un déficit record à Bill Clinton mais ça ne les empêchait pas de prêcher que « l’Etat n’était pas la solution mais le problème » alors que les Européens continuaient, eux, à s’endetter et à croire aux vertus interventionnistes. Ces rôles étaient établis mais ils sont, maintenant, inversés. Ce week-end, à Toronto, au quatrième sommet des vingt premières puissances économiques du monde, les Américains seront Européens et les Européens, Américains. Barack Obama vient d’appeler Angela Merkel cette semaine pour la presser de ne pas sacrifier la reprise au nom de la rigueur. Son secrétaire au Trésor et son conseiller économique, Timothy Geithner et Larry Summers, viennent d’écrire dans le "Wall Street Journal" qu’il fallait « réduire les déficits à long terme mais pas au prix de la croissance à court terme ». Cela signifiait, en clair, qu’il fallait encore un peu laisser filer les déficits de peur de laisser retomber l’économie mondiale dans le marasme mais rien n’y a fait. « J’ai dit au président américain à quel point il était important de consolider les budgets », a fait savoir Angela Merkel. Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a assuré le Parlement de Strasbourg que la réduction des déficits n’aurait pas d’effets déflationnistes mais stimuleraient, au contraire, la croissance et l’investissement en rétablissant la confiance. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, partage le même avis et les plans de rigueur se multiplient dans toute l’Union, y compris en France où ce mot a, pourtant, été banni du vocabulaire officiel. L’Amérique a peur de son chômage. Sous le choc de la Grèce, les Européens craignent, eux, de ne plus trouver à emprunter à des taux abordables et c’est des Etats-Unis que viennent, ainsi, les avertissements sur les dangers d’une crise sociale tandis que, tirée, poussée par l’Allemagne et sa chancelière, l’Union réduit ses dépenses pour réduire ses déficits. La passe est dangereuse car le G-20 ne réconciliera les approches américaine et européenne que le temps d’un communiqué contourné. Les deux premières puissances économiques du monde, les Etats-Unis et l’Union européenne, vont persister dans leurs divergences sur fond d’une baisse de l’euro qui avantage le commerce extérieur de l’Europe et désavantage celui de l’Amérique. En fait de gouvernance économique mondiale, de coordination des politiques économiques, on fait mieux et la discorde ne s’arrêtera pas là. Pour une fois unies, les trois grandes puissances européennes plaideront à Toronto l’imposition d’une taxe sur les banques qui ne fait pas du tout l’unanimité du G-20 et l’Allemagne et la France pousseront à une taxation des transactions financières internationales dont l’idée sera encore plus fraîchement accueillie. L’Europe est en train d’inventer un nouveau couple, rigueur et régulation, approche intéressante mais qui n’intéresse guère le reste du monde.

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