Les supporters de Mohamed mrosi après sa victire
Les supporters de Mohamed mrosi après sa victire © Radio France / Nicolas Matthias

A l’issue d’un scrutin dont la régularité n’a pas été contestée, l’Egypte a maintenant un président, le premier à ne pas être issu des rangs de l’armée depuis l’abolition de la monarchie il y a un soixante ans et ce président, Mohamed Morsi, est un islamiste de la confrérie des Frères musulmans. Ce sont là les faits et ils appellent deux questions qui sont de savoir, premièrement, si ce pays est devenu par là une démocratie et, deuxièmement, s’il coure désormais le danger de devenir une théocratie.

La réponse est deux fois « non ».

L’Egypte n’a encore rien d’une démocratie car, élection ou pas, l’essentiel du pouvoir y reste aux mains de l’armée. Non seulement elle constitue un Etat dans l’Etat, ne prend ses ordres que de ses généraux, bénéficie d’une puissance économique qui en fait la première entreprise du pays et contrôle la Justice, la police et la Cour constitutionnelle mais elle n’a, surtout, laissé un islamiste accéder à la présidence qu’après avoir veillé à ce qu’il n’ait aucun pouvoir.

Deux jours avant le second tour de la présidentielle des 16 et 17 juin, le CSFA, la Conseil suprême des forces armées, a fait invalider par les juges constitutionnels l’élection d’un tiers des députés. Dominée par les islamistes, l’Assemblée nationale élue cet hiver s’en est trouvée dissoute. Le CSFA assume depuis le pouvoir législatif qu’il détiendra jusqu’aux prochaines élections parlementaires dont la date n’a pas été fixée et les militaires ont ainsi tous les moyens de peser sur la rédaction de la future Constitution en l’absence de laquelle les pouvoirs du président élu sont tout simplement indéfinis, aussi étrange que cela soit.

Avec un chef de l’Etat procédant du suffrage universel, l’Egypte n’est plus une simple dictature mais, à défaut d’être devenue une démocratie, elle est maintenant une « démocrature », mot forgé ces dernières années pour désigner ces régimes, toujours plus nombreux, qui comportent des éléments de démocratie sans être, pour autant, sortis de la dictature. C’est un pays, concrètement parlant, où le pluralisme et l’aspiration à la liberté sont devenus tellement incontournables depuis la chute d’Hosni Moubarak que le pouvoir militaire ne peut plus y faire absolument ce qu’il veut, doit tenir compte de rapports de force et n’agir qu’en fonction d’eux mais demeure, lui aussi, assez incontournable pour que rien ne puisse se faire contre lui.

C’est ainsi que l’armée n’a laissé proclamer le résultat de la présidentielle qu’après une semaine de tractations secrètes avec les Frères musulmans. Elle n’a pas plus voulu risquer les troubles qu’aurait provoqués un déni de démocratie que reconnaître la victoire des islamistes sans négociation préalable et cela dit à quel point l’hypothèse théocratique n’est pas envisageable. L’Egypte devient ce qu’avait longtemps été la Turquie – un pays où « l’Etat profond », l’armée, tient la démocratie en laisse et où les islamistes ne pourront vraiment accéder au pouvoir que lorsqu’ils auront assez évolué, comme les islamistes turcs, pour trouver les appuis qui leur permettraient de s’imposer face aux militaires.

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