Entre la France et la Commission européenne, le torchon brûle. Il y eut d’abord, le mois dernier, ces « recommandations » de la Commission sur les mesures à prendre pour réduire les déficits français qui avaient amené François Hollande à la prier de ne pas se mêler de ce qui ne la regardait pas. Il y eut ensuite le veto de la France à l’inclusion des domaines culturels dans les négociations commerciales qui vont s’ouvrir entre l’Union et les Etats-Unis, la fureur que la Commission en avait ressenti et que son président, José Manuel Barroso, avait publiquement exprimée en parlant d’une vision « antimondialisation et complètement réactionnaire ».

On était là quand, coup sur coup, deux figures politiques françaises, l’une de droite, l’autre de gauche, ont rallumé la mèche dimanche. Alain Juppé a estimé que José Manuel Barroso était « complètement archaïque et datait du siècle dernier » car il ne comprenait pas qu’autant il fallait ouvrir les frontières intra-européennes en 1958, autant il fallait aujourd’hui ne pas être naïf dans la compétition internationale et y défendre les intérêts de l’Europe. Arnaud Montebourg a déclaré pour sa part que le président de la Commission était le « carburant » du Front national et donnait raison, par ses prises de position, « à tous les partis souverainistes et anti-européens » des pays de l’Union et, dès lundi, José Manuel Barroso a riposté, sans ménager non plus l’adversaire.

« Quant il s’agit de réformes économiques, d’ouverture, de mondialisation, de l’Europe et de ses institutions, a-t-il dit, certains souverainistes de gauche ont exactement le même discours que l’extrême-droite ». L’un de ses porte-parole a enfoncé le clou en souhaitant que « certains responsables politiques français défendent davantage l’Union vis-à-vis du nationalisme, du populisme, voire du chauvinisme » mais, question : est-ce attaquer l’Union et l’idée européenne que de critiquer le président de la Commission ?

Libéral convaincu et profondément atlantiste, José Manuel Barroso a des opinions politiques qui déterminent son action. C’est parfaitement légitime mais il n’est en rien scandaleux non plus que ses opinions soient contestées. Non seulement cela n’est pas choquant mais c’est même une nécessité pour l’Europe car il serait formidablement dangereux de laisser s’accréditer l’idée déjà tellement ancrée que l’Union et le libéralisme ne feraient qu’un.

N’en déplaise à M. Barroso et aux souverainistes de droite et de gauche, ce n’est tout simplement pas vrai et même tellement faux qu’on a entendu Jacques Delors tirer à vue il y a dix jours, aux côtés de toutes les gauches européennes, sur l’actuelle Commission, ses manières et sa politique.

De même que tous les courants politiques sont représentés sur les scènes nationales européennes et que ce n’est pas critiquer un pays que critiquer son gouvernement, tous les courants le sont aussi sur la scène paneuropéenne et ce n’est pas critiquer l’Union que critiquer la majorité libérale qui la pilote si mal aujourd’hui – si tragiquement mal qu’elle ne fait qu’accentuer toujours plus le divorce entre l’Europe et les Européens.

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