Ce ne sera pas un sommet comme les autres. Lorsque les 28 dirigeants nationaux de l’Union se réuniront, demain, en Conseil européen, ce n’est pas un consensus négocié de longue date qu’ils auront à entériner mais deux batailles capitales qui les diviseront.

La première opposera le Premier ministre britannique à la quasi-totalité des autres dirigeants européens et portera sur le candidat à la présidence de la Commission que le Conseil devrait proposer au Parlement issu des élections européennes du 25 mai. Le grand favori est Jean-Claude Juncker, ancien chef du gouvernement luxembourgeois et chef de file du Parti populaire européen, le parti conservateur paneuropéen arrivé en tête de ce scrutin.

Il bénéficie, logiquement, du soutien de la droite européenne mais aussi des autres grandes formations représentées au Parlement de Strasbourg qui veulent toutes que la démocratie prévale sur les habituels arrangements entre les Etats membres et que la présidence de la Commission revienne donc au parti qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages aux élections parlementaires.

Elles ont unanimement dit qu’elles n’accorderaient l’investiture du Parlement à aucune autre personnalité qu’au candidat du parti majoritaire. Pour elles c’est à prendre ou à laisser car elles veulent que la Commission procède désormais du suffrage universel – indirect mais universel – et cette exigence est tellement indiscutable que tous les gouvernements, ceux de gauche et beaucoup de gouvernements de droite s’y sont finalement ralliés, y compris Mme Merkel.

On n’est plus loin d’un précédent qui fera que les électeurs européens choisiront, demain, par leurs votes le président de la Commission et que la démocratie en progressera spectaculairement dans l’Union mais c’est précisément ce que ne veut pas la Grande-Bretagne qui ne veut ni de Jean-Claude Juncker, trop fédéraliste à ses yeux, ni que l’Union devienne une union politique susceptible de prendre un jour le pas sur les Etats membres. David Cameron devrait imposer un vote au Conseil afin de montrer à ses eurosceptiques qu’il se bat jusqu’au bout contre toute évolution fédérale mais, sauf coup de théâtre, Jean-Claude Juncker devrait sortir gagnant de cette première bataille.

Puis il y aura la seconde qui n’opposera pas les mêmes. Elle ne portera plus sur des principes et une personne mais sur les futures politiques de l’Union car les gouvernements de gauche, France et Italie en tête, beaucoup des gouvernements de droite, l’écrasante majorité du nouveau Parlement et Jean-Claude Juncker lui-même souhaitent introduire une souplesse dans le processus de réduction des dettes et des déficits budgétaires et l’accompagner, surtout, avant tout, d’investissements communs susceptibles de relancer la croissance en Europe.

Paris et Rome ont plaidé dès hier en ce sens. Les sociaux-démocrates allemands qui gouvernent, depuis l’automne, en coalition avec Mme Merkel, appuient fortement cette position mais la chancelière et les plus libéraux des 28 ne veulent pas entendre parler ce qu’ils dénoncent comme un retour au laxisme et, là, la bataille sera rude. Elle devrait logiquement déboucher sur un compromis. La rigueur devrait se faire moins stricte mais on ne sait pas encore jusqu’à quel point.

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