Les visages étaient longs, très longs, hier soir à Bruxelles. Au cœur de l’Union, dans les bureaux de la Commission, plus personne ne savait quoi que ce soit, ne voulait dire quoi que ce soit, ne comprenait quoi que ce soit, et la seule certitude était que le Conseil qui s’ouvre cet après-midi, le sommet des 28 chefs d’Etat et de gouvernements, était… Comment dire ?... Mal parti.

Alors, essayons d’y voir clair. Le problème est que, contrairement à toutes les attentes, les nouvelles propositions avancées dimanche par Athènes n’ont pas permis de déboucher hier soir sur un compromis en bonne et due forme, et cela d’autant moins qu’elles ont été modifiées depuis sous la pression des députés de la majorité grecque. Officiellement, cela bloque sur des taux de TVA, l’imposition des sociétés, l’âge et le montant des retraites - les moyens, autrement dit, de réduire les dépenses de la Grèce et augmenter ses rentrées.

C’est de la crédibilité du Trésor grec, de sa capacité à rembourser ses emprunts, que l’on débat là. Pour le niveau de vie des Grecs comme pour leurs créanciers, c’est naturellement important mais là n’est pourtant pas l’essentiel. Le vrai blocage est que la Grèce ne veut en fait rien signer avant d’avoir arraché un minimum d’assurances sur une restructuration de sa dette qu’elle est incapable, et chacun le sait, de rembourser.

La Grèce sait qu’elle n’obtiendra pas d’abandons de créances mais elle voudrait qu’il soit dit, au moins sous-entendu, qu’on lui accordera, sous une forme ou l’autre, simple question de jongleries financières, une réduction de ses taux d’intérêt, un allongement de ses délais de paiement ou une combinaison des deux. C’est pour cela qu’elle fait durer les négociations, se fait peur et fait peur à tout le monde.

C’est clair, mais la situation est d’autant plus absurde que ces arrangements, elle finira par les obtenir car ils sont inévitables mais que beaucoup des pays européens ne veulent rien en dire avant que le compromis budgétaire n’ait été scellé alors que les dirigeants grecs ont, eux, besoin d’assurances sur une restructuration pour faire admettre par leurs électeurs les concessions budgétaires qu’ils sont contraints de faire.

Cela peut mener dans le mur. Cela peut conduire, beaucoup plus probablement mais sans certitude, sans aucune certitude, à un accord en milieu d’après-midi, peu avant le début du sommet européen. Cela peut également bouleverser l’ordre du jour de ce Conseil en débordant sur sa réunion.

On ne sait pas mais, en tout état de cause, les principales figures du sommet y arriveront épuisées, l’esprit encore occupé par la quadrature du cercle grec et, même si le compromis tant attendu est signé d’ici là, les débats, autrement plus importants au demeurant, sur les exigences britanniques, les réfugiés et l’affirmation de la zone euro en union politique au sein de l’Union, s’en ressentiront inévitablement. Prochain épisode, demain matin.

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