Malgré son nouveau mandat et ses nouveaux pouvoirs, le président turc n'aura pas la tâche facile.

Il y a le malaise et les résultats. Le malaise tient au fait que le président turc ait tenu à annoncer sa victoire avant que l’instance chargée du décompte et de la proclamation des résultats, le Haut Comité électoral, n’ait achevé le dépouillement.

L’opposition avait alors fait savoir que les résultats des grandes villes, réputées hostiles au président sortant, n’étaient pas connus à cette heure-là et que toute conclusion était donc prématurée. Puis les choses se sont accélérées. Le Haut Comité électoral a donné raison à Recep Erdogan sur la base de résultats encore partiels mais suffisamment nets, estimait-elle, pour ne plus pouvoir être infléchis.

La messe était dite mais qu’en pensait l’opposition ?  

On ne le sait toujours pas car si elle n’a pas encore reconnu sa défaite, elle pourrait ne pas rompre son silence avant la conférence de presse que sa principale figure, le social-démocrate Muharrem Inge, devrait donner en début d’après-midi.

Le malaise est grand mais ces résultats sont là et l’on imagine mal comment ils ne s’imposeraient pas et ne définiraient ainsi pas la réalité.

Aux commandes de son pays sans interruption depuis 2003, non seulement Recep Erdogan est réélu pour cinq ans mais il l’est avec de nouveaux pouvoirs constitutionnels lui permettant de gouverner par décrets et de cumuler les fonctions de président et de Premier ministre.

On voit mal comment son autoritarisme en serait réduit. Même s’il lève l’état d’urgence, comme il s’y était engagé, et fait relâcher, dans la foulée, certains des prisonniers politiques, on voit encore plus mal comment ces scrutins pourraient constituer ce qu’il a appelé hier une "révolution démocratique" mais plusieurs choses, pourtant, viennent de changer en Turquie.

La première est qu’après avoir gouverné depuis quinze ans dans une période de forte croissance, Recep Erdogan sera maintenant confronté à un recul des investissements, nationaux et étrangers, et à une nécessité d’augmenter les taux d’intérêts pour enrayer la chute de la monnaie nationale.

Ce président va devoir affronter des difficultés sociales et, partant, une impopularité croissante et le deuxième changement est que son parti, l’AKP, a encore perdu du terrain hier. Profondément divisé et sérieusement essoufflé, l’islamo-conservatisme n’est plus ascendant en Turquie et, troisième changement, Recep Erdogan n’a ainsi plus de majorité parlementaire sans l’appoint du MHP, parti nationaliste d’extrême-droite fondamentalement hostile à tout compromis avec les Kurdes.

Or, quatrième changement, le très moderniste Parti démocratique des peuples, le HDP, formation d’origine kurde mais très populaire dans les classes moyennes urbaines, a obtenu assez de voix pour se faire attribuer 11 % des suffrages. Recep Erdogan n’aura pas la tâche facile.    

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