La défaite du candidat de l’AKP, le parti du Président Erdogan, montre que les grandes villes se rebiffent lorsque le discours populiste ne correspond plus à la réalité. Une situation que l’on constate dans plusieurs pays confrontés à la poussée populiste.

La joie dimanche soir dans les rues d’Istanbul après la victoire du candidat d’opposition à la mairie de la métropole, et la défaite du candidat de l’AKP du Président Erdogan.
La joie dimanche soir dans les rues d’Istanbul après la victoire du candidat d’opposition à la mairie de la métropole, et la défaite du candidat de l’AKP du Président Erdogan. © AFP / GURCAN OZTURK / AFP

Il y a quelques semaines, la journaliste turque exilée Ece Temelkuran publiait un essai intitulé « Comment conduire un pays à sa perte ». Elle y analysait en sept étapes la montée d’un pouvoir populiste de plus en plus autoritaire, en relevant les signaux que l’on peut voir à l’œuvre ailleurs qu’en Turquie. Ca commence par l’autoproclamation du « vrai peuple », ça se poursuit par la post-vérité et l’affolement du langage. 

Ece Temelkuran va peut-être devoir écrire la suite, « comment récupérer son pays », après ce qui s’est passé dimanche à Istanbul, où le parti du Président Erdogan a subi un échec cuisant. Dans un pays où la presse a été décimée, où la société civile se terre, la défaite du candidat islamo-conservateur à la mairie d’Istanbul est un événement d’autant plus considérable que le pouvoir avait contesté un premier résultat défavorable en mars.

La perte de cette ville, dont le Président turc fut lui-même le maire, pourrait bien signaler le début de la fin de l’ère Erdogan. Et c’est une grande métropole, représentant à elle seule un tiers du PIB de la Turquie, qui donne le signal du reflux d’un pouvoir populiste intouchable. Depuis les municipales de mars, l’opposition contrôle cinq des six plus grandes villes de Turquie. C’est dans les métropoles que les populistes atteignent leurs limites.

C’est le cas dans de nombreux pays confrontés à la montée du populisme, où les grandes villes constituent un bastion de résistance.

L’an dernier, lors des élections régionales en Bavière, tout le monde avait les yeux fixés sur le parti anti-migrants AFD. Or ce sont les Verts qui ont créé la surprise, en devenant le premier parti dans les principales villes de cette région réputée conservatrice. Ca n’empêchera pas l’AFD de faire de gros scores dans l’Est de l’Allemagne cet automne, mais c’est justement dans les régions marginalisées que ces partis enregistrent leurs meilleurs résultats.

C’est également le cas en Europe centrale et orientale. Les idées libérales renaissent dans les grandes villes, souvent à la suite d’un élément déclencheur. A Gdansk, il y a quelques mois, le meurtre du maire a provoqué un sursaut ; ce weekend à Prague, une marée humaine a demandé la démission du premier ministre populiste, à la suite d’accusations de fraude issues d’une enquête européenne.

Ca montre d’abord que la vague populiste annoncée n’a rien d’inéluctable, comme le montrent ces exemples dans des sociétés très différentes.

Ensuite que le problème est plus celui du discrédit des élites gouvernantes, l’inefficacité, l’éloignement, et parfois le sentiment de corruption qui les entourent, qui fait monter le populisme plutôt que ses idées. Les grandes villes, plus mondialisées, plus politisées aussi, sont plus promptes à se rebiffer si, comme c’est le cas en Turquie, les sirènes idéologiques des populistes ne correspondent plus à la réalité qui est celle de la crise économique.

Cette réponse politique issue des villes peut se retrouver dans une polarisation extrême avec le reste du pays, ou évoluer vers un nouveau consensus national. C’est tout l’enjeu de la mutation politique en cours, en Turquie comme ailleurs.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.