Dialogue entre Bernard Guetta et Stéphane Paoli. Georges Bush vient de prononcer, il y a quelques heures, un discours sur l’Irak. Qu’a-t-il dit ? Rien, absolument rien d’important ou qu’on ne sache déjà. Ce pays se déchire, rejette de plus en plus massivement la présence américaine, les attentats y sont quotidiens mais la seule chose nouvelle que Georges Bush ait trouvé à dire est que la prison d’Abou Ghraib serait détruite… quand les Etats-Unis en auront construit une autre, a-t-il précisé, « moderne et de haute sécurité ». Peu avant ce discours, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait circuler à l’Onu un nouveau projet de résolution sur l’Irak. Ce texte est-il plus substantiel ? On y retrouve, comme dans le discours de Georges Bush, les étapes politiques prévues par les Etats-Unis – la mise en place, fin juin, d’un gouvernement provisoire dont la composition est négociée par l’envoyé spécial de l’Onu, Lakhdar Brahimi ; la tenue d’une conférence nationale irakienne, durant l’été, puis l’organisation d’élections à la fin 2004. Tout cela est bien - beaucoup trop tardif mais bien - mais le problème est que ce retour à la souveraineté irakienne demeure, pour l’instant, très relatif, voire illusoire. Le problème est que l’essentiel, la sécurité de l’Irak, le volet militaire, devrait rester, dans l’esprit de Georges Bush, de la compétence exclusive des troupes américaines à la présence desquelles il n’est pas mis de délai. Rebaptisées « forces multinationales », elles recevraient un mandat du Conseil de sécurité qui serait « revu » dans un an ou « à la demande du gouvernement transitoire » mais elles sont là pour un délai indéterminé, « aussi longtemps que nécessaire », a dit Georges Bush. Et c’est ce point, la durée de la présence des troupes américaines, qui risque de faire problème au Conseil de sécurité ? Oui, car beaucoup de pays veulent, au contraire, que la mandat qui serait accordé à ces troupes ne coure que jusqu’aux élections irakiennes et qu’il revienne, ensuite, aux autorités élues de demander ou non à l’Onu la présence d’une force de maintien de la paix. Les Américains rejettent cette idée en disant que les élections se feraient alors pour ou contre les troupes américaines, que cela susciterait une surenchère nationaliste entre les candidats, mais c’est exactement le contraire qui se passera. S’il n’y a pas date fixée au départ des troupes américaines, les élections se feront contre les Etats-Unis alors que s’il y avait une date de départ des Américains, les forces politiques irakiennes seraient bien obligées de prendre leurs responsabilités, de faire des propositions – notamment sur l’éventuelle présence d’une force onusienne de maintien de la paix.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.