Il y a, bien sûr, les indécis. Ils sont encore nombreux. Personne ne saurait exclure qu’ils créent la surprise mais dans le monde politique le sentiment domine maintenant, que le « non » l’emportera. Chacun se battra jusqu’au bout. C’est normal. Mais les défenseurs du « oui » considèrent, les uns, que c’est « plié », les autres « joué ». Alors que se passerait-il si la majorité des Français, comme ce n’est pas certain mais probable, rejetaient effectivement la ratification de ce Traité ? La certitude est qu’il n’y a pas de plan de rechange dans les tiroirs, fût-ce une ébauche d’alternative, et que pas un seul gouvernement européen, pas un seul membre de la Commission, pas un seul député de l’Union, n’a seulement idée de ce qui pourrait, alors, être fait. Pourquoi ? Pourquoi n’y a-t-il rien de prévu ? Tout simplement parce qu’une Convention avait été réunie pour élaborer ce projet, qu’elle était représentative des Parlements nationaux, du Parlement européen et des gouvernements des pays membres, qu’elle n’était composée ni de fonctionnaires ni de martiens mais d’élus, que les négociations y ont été longues et rudes entre gauche et droite, fédéralistes et inter-gouvernementalistes, et que le compromis entre les diverses positions en présence est là, que c’est ce projet et qu’on ne voit pas qui, sur quelles bases et au nom de quoi, aurait élaboré le mythique « plan B ». C’est la situation et c’est si vrai que la grande question dans les capitales européennes est maintenant de savoir quelle position prendrait le Président de la République si c’était bel et bien « non ». Dans ce cas, Jacques Chirac pourrait en effet adopter deux attitudes. Il pourrait considérer, première possibilité, que ce « non » a tué le projet dans l’œuf et se ranger, au Conseil européen, du côté de ceux qui souhaiteraient alors interrompre, dans les autres pays, un processus de ratification qui n’aurait plus d’objet. Ils seront nombreux car plusieurs des dirigeants européens trouvent ce Traité trop fédéraliste, ou trop à gauche, et seraient heureux d’avoir été débarrassé, par la France, d’un texte qui leur avait été largement imposé par les Français et les Allemands. A l’inverse, Jacques Chirac pourrait se ranger aux côtés de ceux qui souhaiteraient poursuivre le processus de ratification parce qu’ils tiennent à ce texte et veulent compter ses partisans dans l’Union. Jacques Chirac est aujourd’hui tenté par cette seconde attitude. Il l’est car, comme le Quai d’Orsay, il ne veut pas que la France reste dans l’Histoire comme le pays qui aurait bloqué la première Constitution de l’Europe et fait tanguer l’Union. Il l’est aussi car la fin du processus de ratification coïncidera avec le début de la campagne présidentielle française et que cela pourrait changer beaucoup de choses puisque plusieurs des candidats, de gauche comme de droite, se présenteront avec la ratification de ce projet à leur programme, en disant que, s’ils étaient élus, forts de leur mandat populaire, ils oeuvreraient à la signature de ce texte par la France. C’est vrai. Cela se passerait de toute manière mais le problème est qu’un « non » français scellerait un « non » néerlandais et qu’on voit alors mal comment le Conseil européen pourrait décider autre chose qu’en rester à Nice.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.