En façade, rien ne change. L’Iran vient de procéder à un tir expérimental de missile de moyenne portée pouvant atteindre l’Afghanistan, Israël ou des installations militaires américaines de la région. Son Président, Mahmoud Ahmadinejad, répétait encore, hier, qu’il n’était pas question que la République islamique renonce à l’enrichissement d’uranium et qu’elle répondrait par un « camouflet historique » à toute agression de ses « ennemis ». Rien de tout cela n’est précisément apaisant et pendant ce temps, réunies à Londres, les grandes puissances ne sont toujours pas parvenues à doser le cocktail de menaces et de propositions, de carottes et de bâtons, sur lequel elles tentent, depuis des semaines, de se mettre d’accord. Au premier coup d’œil, rien de nouveau donc mais les apparences sont trompeuses. Américains et Iraniens bougent en fait, imperceptiblement, un centimètre après l’autre, et une toute petite lumière, fragile et incertaine, s’allume au bout du tunnel. Les Américains, d’abord, sont en train d’assouplir leur position de départ sur l’ampleur des offres à faire aux Iraniens en échange de leur renonciation à toute ambition d’armement nucléaire. Hier totalement fermés à l’idée d’une aide au développement d’un nucléaire civil en Iran, ils semblent aujourd’hui presque prêts à lever leurs menaces d’embargo contre les entreprises occidentales qui participeraient à la construction de centrales en territoire iranien. C’est un pas, un signe en tout cas que les Américains souhaiteraient vraiment parvenir à un compromis et ils se montrent, parallèlement, de plus en plus ouverts à la perspective de coopération technique avec l’Iran. Restent deux point de blocage, et de taille : l’absolu refus, d’abord, des Américains d’accepter quelque opération que ce soit d’enrichissement d’uranium en territoire iranien, même dans le cadre d’un consortium international soumis au contrôle de l’AIEA, et leur réticence tout aussi totale, ensuite, à entrer dans la négociation d’accords de sécurité avec l’Iran. On est loin d’une percée mais, outre que tout chemin est fait de petits pas, les Iraniens manifestant, de leur côté, une égale volonté d’éviter une épreuve de force qui leur serait aussi dommageable qu’à tout le monde. Par les canaux les plus divers, de Kofi Annan au directeur général de l’AIEA en passant par le Koweït et l’Indonésie, ils font dire aux Américains qu’ils souhaiteraient ouvrir des discussions directes et secrètes avec eux. Révélées par le Washington Post, ces démarches sont d’autant plus notables qu’elles font suite à la lettre adressée par Mahmoud Ahmadinejad à Georges Bush, une première depuis un quart de siècle. Plus important encore, de plus en plus de personnalités iraniennes de premier plan expriment en privé une appréciation des propositions européennes beaucoup moins négative que celle qui est officiellement affichée à Téhéran. Le verre, ai-je entendu moi-même, n’est plus vide. On peut maintenant progresser, estiment ces personnalités, en ajoutant qu’il y faudrait du temps et de la discrétion, surtout, pour éviter l’engrenage des menaces réciproques.

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