Pauvre, malheureuse, Union. Ses citoyens sont si mécontents d’elle, maîtrisent si mal ses institutions et voient si peu où elle va qu’ils bouderont massivement, la semaine prochaine, ses élections parlementaires. Les uns ne voteront pas parce qu’ils la trouvent trop libérale. D’autres, pas tant en France que dans d’autres pays, parce qu’ils la jugent trop régulatrice. Pour certains, ce sera parce qu’elle n’est pas assez fédérale. Pour d’autres, parce qu’elle bafouerait la souveraineté de ses Etats membres. Coupable de ceci, de cela, l’Union est coupable de tout et son contraire mais son premier tort, celui qui la rend si difficile à comprendre, est d’être au milieu du gué. Avec une capitale, ses sommets réguliers, des institutions communes, la libre circulation des biens et des personnes, une passeport commun, une banque centrale qui décide de sa politique monétaire, une monnaie unique, et forte, que plus de la moitié de ses membres ont déjà adoptée, l’Union existe bel bien, avec beaucoup des apparences et des attributs d’un Etat. On attend, donc, beaucoup d’elle, beaucoup plus qu’elle ne peut donner car l’Union n’est, en même temps, qu’une addition d’Etats, toujours férocement jaloux de leurs prérogatives et, pourtant, liés par des traités successifs aux termes desquels ils ont communautarisé leurs souverainetés dans des domaines toujours plus larges. L’Union est une dynamique, un processus en marche, un ensemble non abouti dont les Etats comme les citoyens ne s’accordent pas plus sur ses frontières ultimes que sur ce vers quoi elle devrait tendre – fédération, fédération d’Etats nations ou simple union d’Etats souverains. L’Union est une ambiguïté permanente dont elle ne sortira que lentement ou sous l’effet d’accélérations historiques. Cette ambiguïté est créatrice car, sans elle, il serait encore plus difficile qu’aujourd’hui de faire converger 27 pays membres et bientôt plus mais cela a un prix. Toujours laborieusement négociés, ses traités sont tout, sauf limpides et ses citoyens ne s’y retrouvent pas, trop souvent perdus entre le Conseil et la Commission, les domaines communautarisés et ceux qui ne le sont pas, les décisions requérant l’unanimité et celles qui sont prises à la majorité qualifiée – entre les pouvoirs de l’Union et ceux de ses Etats. C’est la principale source de cette crise de confiance, de ce rejet dont l’Union souffre. Défense et compétition industrielle, climat et recherche, agriculture et monnaie, les Européens ont vitalement besoin de leur unité pour continuer à compter dans ce siècle mais ils n’éviteront plus, maintenant, une vraie crise, peut-être un délitement de l’Union, que si leurs partis nationaux s’unissent dans des partis paneuropéens, à même de proposer des visions de l’Europe, de s’opposer sur les choix à faire, de faire vivre le débat européen et de conquérir, sur un programme, la majorité parlementaire qui leur permettrait de prendre les commandes à Bruxelles. Enjeux et institutions, le jour où cela se passerait, tout deviendrait plus clair. Au lieu d’hésiter entre être et ne pas être, l’Union serait mais on n’y est pas. C’est aux citoyens d’agir, aux associations, aux journaux et aux syndicats, de faire de cette urgence une réalité.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.