Beaucoup de guerres ont été déclarées pour moins que cela. Le 26 mars dernier, une corvette sud-coréenne, le Cheonan, était coulée à la limite des eaux territoriales des deux Corée et 46 hommes trouvaient la mort dans ce naufrage. Une enquête internationale a conclu, la semaine dernière, que le bâtiment avait été touché par une torpille tirée par un sous-marin nord-coréen. Pyongyang accuse Séoul d’avoir « fabriqué » des preuves et estime que les deux pays sont désormais « proches de la guerre ». Séoul a suspendu toutes ses relations commerciales avec la Corée du Nord, entend porter l’affaire devant le Conseil de sécurité et y demander des sanctions internationales contre le régime nord-coréen. Le Japon et les Occidentaux soutiennent les Sud-Coréens avec lesquels les Etats-Unis viennent d’annoncer l’organisation de manœuvres navales qui devraient débuter « prochainement ». Dans un concert d’invectives réciproques, c’est dans une logique de guerre que la région est entrée mais, si un dérapage n’est, bien sûr, pas exclu, il est pourtant improbable que les choses en arrivent là pour quatre raisons. La premières est que les Etats-Unis n’ont aucun désir de se laisser engager dans un conflit alors qu’ils cherchent désespérément à se sortir d’Irak et d’Afghanistan, à éviter une escalade avec l’Iran et à trouver un règlement global au conflit israélo-palestinien. Non seulement l’humeur et tout sauf martiale à Washington mais la Chine ferait tout pour dissuader les Etats-Unis d’aller trop loin parce qu’un effondrement du régime nord-coréen provoquerait un afflux de réfugiés sur son territoire et rapprocherait de ses frontières l’armée américaine qui entretient 28 000 hommes en Corée du Sud. Quant aux deux Corée elles-mêmes, elles ont également toute raison de canaliser cette crise car une guerre mettrait à plat l’économie du Sud qui n’a, de surcroît, aucune envie d’avoir à prendre en charge la reconstruction du Nord qui n’ignore pas, pour sa part, qu’il n’aurait aucun moyen de sortir vainqueur d’un affrontement armé alors qu’il n’a même pas de quoi nourrir sa population. Affreuse à voir, la vérité est que rigoureusement personne ne souhaite la fin de ce régime nord-coréen, dynastique et ubuesque, monstrueusement répressif, sans doute le plus abominable qui soit au monde, pour la simple raison que personne ne voudrait avoir à remettre ce pays sur pied, et que ni la Chine ni aucune des puissances asiatiques, en fait, ne souhaite voir renaître une Corée unifiée qui modifierait, à terme, tous les rapports de force continentaux. Une corvette envoyée par le fond, c’est trop, surtout quand le secrétaire général de l’Onu est sud-coréen, mais ce qui se hurle en silence dans toute la région n’est rien d’autre qu’un lâche et collectif « Pourvu que ça dure ! ». Reste alors à comprendre ce qui explique cette provocation nord-coréenne. Réponse : comme avec son programme nucléaire, ce régime aux abois a cherché, là, à provoquer une crise dans l’espoir de pouvoir en monnayer l’apaisement contre des aides. C’est aussi simple et cynique que cela, sauf que de provocation en provocation, cette affaire finira, un jour, par mal tourner.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.