Ce n’est pas la rupture mais encore moins la percée. Après deux jours de discussions à Bagdad, l’Iran et les « 5+1 », les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, sont convenus de se revoir les 18 et 19 juin à Moscou mais n’ont pas fait le moindre progrès.

Face aux grandes puissances qui leur demandent de geler leur programme d’enrichissement d’uranium, les Iraniens s’y refusent sans l’exclure vraiment et exigent, surtout, que les 5+1 s’engagent en échange, et au préalable, à lever alors toutes les sanctions internationales prises contre eux. C’est ce qu’on appelle à Téhéran le « principe de réciprocité » mais les Occidentaux ne veulent pas en entendre parler parce qu’ils estiment que ce programme ne peut avoir qu’une finalité militaire, que l’Iran viole donc le Traité de non-prolifération dont il est signataire, que c’est à lui de rentrer dans la légalité internationale, que le sanctions ne pourront être levées que lorsque ce sera fait et qu’en tout état de cause, c’est aux Iraniens de démontrer leur bonne foi après des années de tromperie sur leurs intentions et leur marche vers l’arme atomique.

C’est ce qu’on pourrait appeler une impasse mais, dans ces conditions, pourquoi se revoir à Moscou après ce rendez-vous de Bagdad et celui qui avait précédé, à Istanbul, il y a un mois ?

La réponse est que, si les négociations s’interrompaient, ce pourrait vite être la guerre. Les Israéliens en concluraient qu’ils n’ont plus qu’à aller bombarder les sites nucléaires iraniens. Les Etats-Unis seraient, de fait, associés à cette opération puisque ce sont des armes américaines qui seraient utilisées et qu’ils ne pourraient pas refuser un appui logistique aux Israéliens. Il se pourrait même que Washington participe directement à cette opération car Barack Obama pourrait ne pas vouloir risquer que les Républicains l’accusent de faiblesse à quelques mois de la présidentielle de novembre.

Aucune des grandes puissances ne veut en fait aller à cette aventure qui pourrait déclencher une vague d’attentats, enflammer le Proche-Orient et faire monter les prix du pétrole à des niveaux jamais atteints alors que l’Europe peine à réduire ses dépenses et que le prix de l’essence est un sujet électoral hautement sensible aux Etats-Unis. Sans même parler de la Chine et de la Russie, les Occidentaux veulent épuiser toutes les possibilités de négociation et s’y attachent d’autant plus qu’ils sentent bien que le régime iranien n’est guère plus chaud qu’eux pour une épreuve de force.

Alors même que son économie souffre gravement des sanctions, l’Iran est en train de perdre son seul allié régional, le régime syrien. Les monarchies pétrolières se liguent contre lui. Les pays du Golfe ne souhaitent que voir Israël bombarder au plus vite les sites iraniens. La théocratie doit lâcher du lest avant d’être confrontée à une guerre dont elle n’est pas du tout certaine de sortir à son avantage mais le problème est qu’elle est si profondément divisée qu’elle ne parvient pas à ouvrir une vraie porte. D’où ces négociations qui se prolongent mais n’embrayent pas et qui ont conduit, hier, Paris et Londres à menacer l’Iran de « nouvelles mesures » si le rendez-vous de Moscou reste vain.

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