Espagne et Pologne, deux des pays de l’Union européenne votaient hier. Scrutin présidentiel à l’Est, élections municipales et régionales au Sud, les enjeux étaient aussi différents que les cultures et histoires politiques espagnoles et polonaises mais la conclusion est la même : l’Europe change, et très profondément car l’offre politique n’y satisfait plus les électeurs. A la notable exception de la France et de son gaullisme, l’Europe se partageait depuis la fin de la Guerre entre deux grands courants, la démocratie chrétienne à droite et la social-démocratie à gauche. C’est entre ces forces, nées au tournant des deux derniers siècles, que l’alternance se faisait. C’est elles qui avaient conçu et bâti l’unité européenne.et dominaient, en conséquence, le Parlement de Strasbourg et ce conclave des chefs d’Etat et de gouvernement qu’est le Conseil européen, l’instance où tout se décide dans l’Union. L’Europe était bipartisane mais regardons ce qui s’est passé hier à Madrid et Varsovie. En Espagne, les électeurs ont brisé le bipartisme en propulsant sur le devant de la scène deux nouvelles formations, la nouvelle gauche de Podemos, altermondialiste et sociale, et le nouveau centre-droit de Ciudadanos, hostile au fractionnement régionaliste du pays et très éloigné du conservatisme ankylosé et corrompu du Parti populaire, la droite traditionnelle. Il n’y a plus deux mais quatre partis au moins en Espagne, la droite, la gauche et de nouvelles gauche et droite. En Pologne, où la dureté de la transition vers l’économie de marché avait pulvérisé la gauche qui en avait été l’artisan, un grand parti, à l’origine libéral et devenu attrape-tout, la Plateforme civique, réunissait depuis près de dix ans les votes de gauche et de droite. Il semblait invincible mais son candidat, le si consensuel président sortant Bronislaw Komorowski, a été battu par un homme hier encore inconnu, Andrzej Duda. Quadragénaire élancé aux allures de M.Gendre, ce nouveau venu avait été investi par la droite nationaliste dont le leader, Jaroslaw Kaczynski, avait eu l’habilité de se mettre en retrait au profit de ce catholique traditionaliste et eurosceptique qui a su capter, mais oui, beaucoup des suffrages recueillis au premier tour par un rocker anti-tout et applaudi des générations les plus jeunes. Après l’apparition des Verts puis des nouvelles extrêmes-droites et de Syriza en Grèce, l’éclatement des échiquiers européens s’est confirmé hier. La tendance est lourde. Les Européens se cherchent de nouvelles identités politiques entre repli identitaire, évolution des mœurs, tentations régionalistes et défense de l’Etat providence. Dès avant le week-end, les 62% de oui irlandais en faveur du mariage homosexuel avaient souligné ce grand écart. En devenir, l’électeur européen ne ressemble plus à rien de connu et cela promet de très difficiles moments à l’Union européenne dont les politiques de réduction des déficits sont partout contestées, dans tous les pays et tous les courants. L’Europe devient une union inachevée de nations fragmentées et ce n’est pas précisément un gage de solidité.

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