Paris et Moscou convergent désormais sur des points essentiels mais reste à voir si cela peut changer la donne internationale

Vladimir Poutine était économe de ses mots et aussi chaleureux qu’un colin froid. Emmanuel Macron, à l’inverse, plaidait avec une passion mal contenue la vision qui l’habite – celle d’une action conjointe de la France et de la Russie, de l’Union européenne et de la Russie, en faveur d’un règlement de paix en Syrie et de l’ouverture de négociations internationales avec l’Iran sur sa projection dans le Proche-Orient et la stabilisation de la région. 

Parfaitement clair, le raisonnement d’Emmanuel Macron est que l’Iran est affaibli par la décision des Etats-Unis de sortir du compromis nucléaire de 2015 et que cela met la Russie en situation, premièrement, d’assouplir les positions de Téhéran sur le dossier syrien et, deuxièmement, d’amener les Iraniens à accepter, comme le souhaite la France, des discussions sur leur rôle dans les crises régionales et les moyens de les réduire. 

C’est cela que le président de la République était allé vendre à Vladimir Poutine avec l’argument supplémentaire, et capital, que la Russie pouvait ainsi s’extraire de Syrie avant de s’y embourber, s’affirmer en force de stabilisation et se rapprocher, économiquement et politiquement, de l’Union européenne dont les relations avec les Etats-Unis deviennent plus que tendues. 

Les discussions ont duré une heure de plus que prévu et ce ne fut pas « Embrassons-nous Folleville ! ». Il y avait quelque chose d’encore guindé, prudent et fragile dans les déclarations des deux présidents à la presse mais là n’est pas l’essentiel. 

L’essentiel, c’est d’abord qu’accord il y a eu sur le fait que Paris et Moscou vont coordonner les travaux des deux instances au sein desquelles se cherche un règlement de paix syrien – le « processus d’Astana », autour de la Russie, de l’Iran et de la Turquie et le « small group », autour de la France, du Royaume-Uni, de la Jordanie, des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite. La Russie reconnait ainsi qu’elle ne peut rien sans les Occidentaux et les Saoudiens tandis que la France acte l’impuissance des Occidentaux à agir sans la Russie. 

C’est un vrai tournant et l’essentiel est ensuite que Vladimir Poutine n’a nullement repoussé l’idée de travailler à l’ouverture de négociations régionales avec l’Iran. Il ne faut pas à ses yeux que ces nouvelles discussions conditionnent le maintien des Européens dans le compromis nucléaire de 2015. C’est un lien qu’il a clairement refusé mais pour le reste, oui, d’accord. Pourquoi pas ?

La France et la Russie ont ainsi convergé sur deux points essentiels mais reste à voir, au-delà du « cher Vladimir » auquel Emmanuel Macron s’est risqué, si cela peut encore changer la donne. 

Ce n’est pas prouvé. Ce n’est nullement impossible non plus et ce serait, en tout cas, éminemment souhaitable tant les tensions internationales vont croissant.  

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