Tony Blair veut sortir de son tête-à-tête avec les Etats-Unis. Il le souhaite car les semaines de montée vers la guerre lui ont montré que seul, coupé de la France et de l’Allemagne, sans le poids de l’Europe derrière lui, il ne parvenait plus à se faire entendre à Washington. Il le souhaite d’autant plus que les premières journées de combat annoncent une guerre difficile et un après-guerre encore plus dangereux et qu’il ne veut pas servir de caution impuissante à l’installation d’un protectorat américain sur l’Irak. Londres souhaite en conséquence pouvoir reformer l’unité de l’Europe afin de pouvoir imposer une résolution du Conseil de sécurité confiant au plus vite, dès la fin des hostilités, la gestion de l’Irak à une administration onusienne. Après quelques discrets appels du pieds à la France, le Premier ministre britannique a, en conséquence, dit les choses, hier, aux Communes. « Quelles qu’aient pu être les divergences sur le conflit lui-même, il est important qu’elles soient mises de côté, a-t-il déclaré, pour faire en sorte que les Nations-Unies soient pleinement impliquées dans la situation qui suivra le conflit ». Là, le message est clair et public. Cette position britannique devient un fait politique, une nouvelle donnée de la situation à partir de laquelle pourrait s’enclencher des évolutions majeures car l’un des principaux objectifs de la France est également que la gestion de l’après-guerre revienne aux Nations-Unies. La France le souhaite car elle ne veut ni laisser marginaliser l’Onu ni jouer la politique du pire en laissant le géant américain s’embourber au Proche-Orient et risquer d’y provoquer un séisme. La France ne serait de surcroît pas mécontente de retrouver un terrain d’entente avec Londres car, dans la foulée, elle pourrait alors promouvoir, avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne, le lancement d’une véritable politique européenne de Défense et susciter ainsi une relance majeure de la construction européenne dont Jacques Chirac est aujourd’hui l’un des plus ardents partisans. Dans le tonnerre des bombardements et les incertitudes de cette guerre, s’esquisse peut-être ainsi un spectaculaire rebond de l’Europe, un retournement d’alliances inattendu, mais rien, évidemment, n’est encore joué. Premier problème : la bataille sur le terrain car si, les combats durent, si la prise de Bagdad n’est possible qu’au prix de longs et sanglants combats et que l’Irak plonge dans l’anarchie, peu de pays souhaiteront prendre le casque de l’Onu pour aller réparer la casse américaine. Deuxième problème : la difficulté qu’il y aurait à rédiger le projet de résolution que Tony Blair souhaiterait faire introduire dans la mesure où la France ne voudra pas légitimer a posteriori une aventure qu’elle a tout fait pour empêcher. La diplomatie sait concilier l’inconciliable mais, troisième problème, de loin le plus compliqué : sauf s’il y était totalement acculé, Georges Bush ne voudra pas faire dépendre les troupes d’intervention américaine d’une autorité civile crée par l’Onu. Les tensions se réduisent lentement entre Paris et Londres. Elles risquent, parallèlement, de monter entre Londres et Washington.

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