Relancé par les attentats de Madrid, le débat est maintenant ouvert. Aux Etats-Unis, en Europe, entre les Etats-Unis et l’Europe, partout, deux écoles s’affrontent aujourd’hui sur le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme. Les uns, l’équipe Bush aux Etats-Unis, Tony Blair, José Maria Aznar, Silvio Berlusconi en Europe, Ariel Sharon en Israël, mettent prioritairement, voire exclusivement, l’accent sur les moyens militaires et policiers, sur la « guerre », disent-ils, contre les terroristes et dénoncent une tentation « munichoise » dans les appels à analyser les causes du terrorisme. Les autres, Dominique de Villepin, Romano Prodi, la nouvelle majorité espagnole en Europe, Shimon Pérès et le camp de la paix en Israël, beaucoup d’universitaires et d’éditorialistes aux Etats-Unis, tiennent, au contraire, que la traque des terroristes ne viendra pas seule à bout du terrorisme, de cette hydre qui renaîtra sans cesse tant que persisteront les causes qui la nourrissent. Le débat est si complexe que ce n’est pas vraiment une position contre l’autre. Souvent, ces points de vue se recoupent et le meilleur exemple en est l’Irak puisque c’est l’homme qui a, le premier, lancé le mot de « guerre » contre le terrorisme, Georges Bush, qui avait envoyé des troupes renverser Saddam Hussein dans le but de modifier l’image des Etats-Unis dans le monde arabo-musulman, d’y désamorcer la haine de l’Amérique en en faisant, au Proche-Orient, l’alliée des peuples contre les dictatures. Qu’il se soit lourdement trompé dans cette ambition, ne change rien au fait qu’il avait lui aussi compris qu’il fallait priver les terroristes du terreau de ressentiments sur lesquels ils recrutent. De même, le pays qui met depuis le plus longtemps l’accent sur les causes du terrorisme, la France, est l’un des plus actifs et les plus efficaces dans le démantèlement des réseaux terroristes. Comment cerner alors la divergence ? C’est, sans doute, ce mot de « guerre » qui en rend compte. Au fond, et l’on retrouve cette coupure dans les discussions en familles ou entre amis, les uns pensent que l’affrontement de l’Islam et de la Chrétienté, est déjà la réalité de ce siècle, qu’il n’est donc plus temps de retrouver ou maintenir les voies du dialogue mais d’utiliser la force avant qu’il ne soit trop tard, de vaincre d’abord et de définir, ensuite, les conditions d’une paix durable. C’est le sous-entendu, souvent inconscient, de l’emploi de ce mot de « guerre » que refuse l’autre école en faisant valoir trois choses. La première est que les islamistes ne sont qu’une minorité d’un monde arabe qui n’aspire, au contraire, qu’au développement et à la modernité. La deuxième est que si guerre il y avait, elle serait perdue par l’Occident, trop prospère pour savoir encore se battre, et que c’est pour cela que les islamistes la souhaitent avec tant d’ardeur. La troisième est que ces deux réalités commandent de savoir utiliser la politique, de mettre terme aux crises et aux injustices que les islamistes brandissent pour se légitimer et de sceller ainsi de vraies alliances avec ces majorités du monde musulman qui veulent les Lumières et pas l’obscurantisme, la paix et pas une guerre de cent ans. C’est plus difficile mais plus sûr.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.