Le Kirghizstan n’est pas exactement le centre du monde. Perdu au cœur du cœur de l’Asie, en pleine Asie centrale, cette ancienne république soviétique bordée par la Chine à l’Est, l’Ouzbékistan à l’Ouest, le Kazakhstan au Nord et le Tadjikistan au Sud ne compte que cinq millions d’habitants sur un territoire de 200 000 km2, dépourvu de ressources et, pour moitié, montagneux. C’est un pays pauvre, essentiellement agricole, lourdement endetté, tout, à priori, sauf un enjeu international mais la révolution qui vient de s’y produire est la troisième à ébranler les Etats issus de l’URSS. Après la Géorgie et l’Ukraine, c’est la troisième fois qu’une insurrection pacifique y renverse un pouvoir en place. En plus rapide, tout s’est passé comme à Kiev. Un premier tour d’élections, parlementaires en l’occurrence, dont le déroulement est contesté par l’opposition et critiqué par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’OSCE. Un second tour, trois semaines plus tard, le 13 mars, donnant à peine 10% des sièges à une opposition qui a pourtant le vent en poupe. Le ton monte. La colère gagne tout le pays, notamment le Sud où la misère est la plus grande. Askan Akaïev, le président en place depuis quinze ans, hésite, propose des négociations, se raidit, justifie ainsi les contestation sans donner satisfaction aux contestataires et, hier, les manifestants s’emparent de la capitale, débordent des forces de l’ordre peu décidées à en découdre et un Président qui avait déclaré l’indépendance de son pays, un homme cultivé, ingénieur et musicien, qui avait d’abord été un héros national avant de transformer le Kirghizstan en affaire de famille, disparaît, en fuite, pendant, que l’ancien Parlement se donne un nouveau président chargé d’assurer l’intérim à la tête de l’Etat. Très bien, jusque là du moins. La face du monde n’en est pas changée mais Vladimir Poutine qui, cette fois-ci, s’est gardé de bouger, vient, pour la troisième fois, de montrer son impuissance à maintenir un contrôle de la Russie dans des pays qu’elle considère comme ses chasses gardées. Pour un homme qui avait bâti sa popularité sur sa promesse de ne plus laisser réduire l’influence russe, c’est un gigantesque revers, d’autant plus inquiétant pour lui que, comme la Géorgie avait encouragé l’Ukraine et comme l’Ukraine a encouragé le Kirghizstan, cette révolution kirghize pourrait bien ébranler, maintenant, d’autres pays d’Asie centrale. Vladimir Poutine est affaibli. Une interrogation pourrait bientôt peser sur son avenir mais ce n’est pas tout. Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis avaient obtenu d’Askan Akaïev l’autorisation de créer une base militaire au Kirghizstan en point d’appui à l’offensive contre les Taliban. Prudent, Askan Akaïev avait ensuite autorisé la création d’une base russe, à 30 kilomètres de celle des Etats-Unis. L’ambassade américaine soutient la révolution. Les Russes cachent mal leur dépit. Washington et Moscou, avec leurs armées sur place, sont maintenant engagés dans une féroce lutte d’influence, à la frontière de la Chine, en terres musulmanes, à la frontière de la Chine, au beau milieu de champs pétroliers qui entourent le Kirghizstan et ne laissent personne indifférent.

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