C’est donc fait. Hier après-midi, le congrès du parti travailliste israélien a entériné à une majorité inattendue, 57% des voix, l’accord de coalition avec la droite que son chef de file, Ehud Barak, avait finalisé quelques heures plus tôt. Sauf improbable rebondissement, Israël sera ainsi gouverné par une addition de partis que tout sépare, et dans tous les domaines. Benjamin Netanyahu, futur Premier ministre et patron du Likoud, le grand parti de la droite israélienne, est un libéral pur et dur, pas seulement hostile à toute intervention gouvernementale dans l’économie mais opposé, aussi, à la création d’un Etat palestinien dont il ne veut pas entendre parler, pour l’instant au moins. A l’inverse, Ehud Barak est non seulement un social-démocrate qui a obtenu, dans l’accord de coalition, d’importantes mesures sociales de lutte contre la crise mais également l’ancien Premier ministre qui avait accepté le plan de paix de Bill Clinton prévoyant la coexistence de deux Etats et un partage de Jérusalem. Ces deux hommes ne sont pas exactement sur la même longueur d’ondes et il faudra encore compter, d’une part, avec un parti orthodoxe, le Shas, qui veut toujours plus de crédits pour les familles et les institutions religieuses et refuse tout partage de Jérusalem et, de l’autre, un parti d’extrême droite, celui d’Avigdor Lieberman, qui mène campagne contre la cinquième colonne que constitueraient les Arabes israéliens mais bouffe du rabbin au nom de la laïcité et ne serait nullement hostile à un accord de paix fondé sur la coexistence de deux Etats et même un partage de Jérusalem. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits mais ce gouvernement verra pourtant pour le jour, avec une confortable majorité parlementaire, parce que la droite avait besoin d’une caution de gauche pour faire face à la crise économique et ne pas se trouver complètement en porte-à-faux avec Barack Obama ; que le centre de Tzipi Livni avait refusé de se joindre à elle et que les Travaillistes étaient donc tellement indispensables à Benjamin Netanyahu qu’ils ont pu lui arracher de vraies concessions sociales et un engagement, surtout, de « respecter » les accords signés par les précédents gouvernements israéliens sur les perspectives de paix avec les Palestiniens. Face à la profondeur des contradictions de ce futur gouvernement, ce sont les Etats-Unis qui seront déterminants. S’ils usent de tous les moyens de pression qu’ils ont sur Israël en faveur d’une relance du processus de paix, elle n’aura rien d’impossible. Ehud Barak, au ministère de la Défense, poussera à la roue. Avigdor Lieberman, aux Affaires étrangères, ne s’y opposera pas. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu s’y résignera car il est trop pragmatique pour se heurter aux Etats-Unis mais, pour que Barack Obama puisse forcer la paix, comme il le souhaite, encore faudrait-il que les Palestiniens parviennent à reformer, de leur côté, un gouvernement d’union avec lequel la coalition israélienne ne puisse pas refuser la négociation. Ce n’est pas fait mais la Maison-Blanche y travaille.

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