Pour ce qui est de l’image, ce n’est pas vraiment ça. A moins d’un jour de l’ouverture du Conseil européen, ce soir, à 17h, rien n’était encore acquis. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont pour ainsi dire passé la journée d’hier au téléphone à chercher une position commune sur l’aide à la Grèce pendant que leurs conseillers respectifs planchaient non stop. En début de soirée, on ne savait pas même si les discussions auraient assez avancé pour que les seize dirigeants de la zone euro puissent être saisis d’un projet de compromis au cours d’une réunion qui précéderait l’ouverture du Conseil ou s’ils ne pourraient se réunir qu’après le dîner à 27, après une nouvelle journée de conciliabules. Tout cela donne une bien piètre image de l’Union et de la zone euro mais, au-delà de cette confusion, c’est peut-être l’Europe qui s’invente, là, dans la confusion, comme toujours, d’une crise à chaud. Mettons les choses en perspective. Avant la crise grecque, avant qu’on ne découvre que les comptes publics de ce pays avaient été maquillés et que ses déficits étaient presque deux fois plus importants qu’on ne le croyait, avant ce coup de tonnerre qui pourrait ébranler toute la zone euro, il y avait eu celui de l’automne 2008. Le krach de Wall Street avait alors mis tout le système bancaire et, donc, l’économie mondiale au bord de la faillite et, pour faire face, l’Europe, les pays qui la composent, avaient du improviser une réaction commune. Cela aurait pu être mieux, beaucoup mieux et plus rapide mais, l’un dans l’autre, l’Union avait colmaté les brèches, évité une vraie catastrophe et, dans cette situation d’urgence, l’Allemagne et la France avaient retrouvé une connivence en prônant, côte à côte, une plus grande régulation de l’économie mondiale et une concertation internationale non plus seulement entre les huit plus vieilles puissances économiques mais, également, avec les puissances émergentes. Tirée par Paris et Berlin, l’Europe avait joué un rôle déterminant dans ce passage du G-8 au G-20. L’Europe s’était affirmée en acteur de la scène internationale et, sur cette lancée, la France et l’Allemagne avaient décidé de travailler à un nouveau rapprochement qui avait abouti, cet hiver, à leur accord sur la nécessité d’un gouvernement économique de l’Europe à laquelle s’était rallié l’ensemble de l’Union. Le Conseil d’aujourd’hui sera, de fait, la première réunion de ce gouvernement, un balbutiement qui n’en est pas moins une révolution mais, entretemps, il y avait eut la Grèce qui oblige l’Europe à une deuxième révolution, à l’invention d’une solidarité dont les traités n’avaient pas voulu afin que l’euro ne soit pas l’assurance vie d’Etats membres à gestion trop laxiste. Sur le papier, cette rigueur avait une logique mais, lorsqu’il y a le feu et qu’il risque de se propager, que le Portugal faiblit après la Grèce, il faut bien, à la fois, éteindre l’incendie et trouver les moyens d’en prévenir d’autres. Il faut bien adapter les traités, inventer l’Europe des réalités, et c’est tout l’enjeu de cette fébrilité, de cette confrontation au bord du gouffre entre les intérêts, les cultures et les contraintes de politique intérieure des différents pays de l’euro.

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