Les coupables, mais c’est bien sûr, sont Israël et les Etats-Unis. C’est du moins ce que les autorités syriennes tentent de dire plus ou moins ouvertement pour expliquer les manifestations dont leur pays est à son tour le théâtre mais la vérité est beaucoup plus simple que ce mauvais roman. En Syrie comme dans tous les pays du Maghreb et du Machrek, la moitié de la population a moins de 30 ans, la corruption est endémique, la soudaine libéralisation de l’économie a permis à une poignée d’hommes liés au pouvoir de construire des fortunes aussi rapides qu’immenses, l’écart de revenus entre les plus riches et la masse de la population n’est plus toléré par une jeunesse diplômée mais sans travail et le régime date de tant d’années que bien plus de la moitié du pays n’en a jamais connu d’autre. Issu d’un parti, le Baas, qui fut autrefois avant-gardiste et social, le régime syrien est en place depuis 1963. Le père de l’actuel président en avait pris les commandes en 1970, il y a 41 ans. Son fils, Bachar el-Assad, lui avait succédé il y a 11 ans et les promesses d’ouverture dont ce médecin formé à Londres avait alors paru porteur se sont évanouies dans les sables. La Syrie étouffe, elle étouffe d’autant plus que tout une classe moyenne, particulièrement active et entreprenante, aspire à ce que la Syrie s’intègre à l’économie mondiale pour combler ses retards et que tous le pouvoir est détenu par des alaouites, une branche du chiisme, alors que le pays est très majoritairement sunnite. Ce qui devait arriver est donc arrivé. Le printemps arabe a gagné la Syrie et la meilleure preuve que cela ne relève d’un complot étranger est que le régime vient de qualifier les revendications populaires de « légitimes », d’augmenter, d’un coup, les salaires des fonctionnaires de 30% et de promettre la levée de l’état de l’urgence, un desserrement de l’étau sur la presse et la légalisation de partis d’opposition. Ce pouvoir, fait, d’un côté, tirer sur les manifestations et, de l’autre, tend la main. Ce pouvoir cherche à la fois à amadouer et intimider la contestation mais ce qui pourrait passer pour une habilité n’est que le signe d’un désarroi car, la répression, comme dans tous les autres pays arabes, ne fait qu’accroître la colère des manifestants tandis que les concessions ne font qu’encourager leur détermination. Comme dans tous les pays arabes, c’est un changement d’époque induit par l’émergence d’une nouvelle génération dont c’est, là, la naissance politique mais la Syrie a trois particularités. Elle est le seul Etat du Proche-Orient à être étroitement lié à l’Iran. Elle n’a nullement renoncé à mettre la main sur le Liban dont elle estime avoir été dépossédée par les partages coloniaux et elle est, avec la théocratie iranienne, le grand soutien financier, politique et militaire du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais. Le régime syrien ne se laissera pas évincer facilement. Ses réactions pourraient extrêmement brutales si la contestation s’étendait du sud au nord du pays mais, quels que soient les événements à venir, répression sanglante ou vraie tentative d’ouverture, c’est tout un système d’alliances au cœur du Proche-Orient qui est maintenant ébranlé. Le printemps arabe écrit une nouvelle page.

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